
Armel Hostiou n’est pas Armel Hostiou. Un homme usurpe son compte Facebook pour organiser des castings à Kinshasa, la capitale de la république démocratique du Congo. Incapable de prouver aux modérateurs du réseau social qu’il est le « vrai » Armel, le réalisateur décide d’aller traquer son double dans une cité foisonnante dont il ne connait rien.
À partir d’un point de départ simple, Le Vrai du Faux construit un documentaire à la structure multiforme et s’inspire de plusieurs genres cinématographiques : polar mâtiné de comédie exploitant la tromperie dans laquelle s’embourbe le protagoniste. Le jeu du chat et de la souris permet aussi un récit d’aventure explorant toutes les curiosité de Kinshasa mais aussi ses aspects les plus perturbants, notamment la pratique du fouet par la police locale qui convainc Armel de ne pas porter plainte contre l’imposteur. Enfin, on peut noter que sa relation à cet autre « moi » rejoint l’archétype science-fictif du clone et rappelle la hantise de se faire déposséder son identité.
Tandis que nos protagonistes vont d’impasses en impasses, l’œuvre s’éloigne progressivement d’une simple traque exotique. Armel Hostiou, s’il désire au début affirmer son identité, ne cessera de s’effacer derrière son double. La silhouette du réalisateur est absente, toujours derrière la caméra, et explore la ville sans jamais réellement s’y intégrer. L’enquête et les moments de comédie établissent une relation kafkaïenne entre un individu et celui qui prétend être, alors que le parcours de nos protagonistes nous fait douter qui est vraiment la victime et le coupable. Armel cherche à comprendre les raisons de son imposteur : est-il juste un escroc ? un pervers ? ou un homme plus vulnérable que lui ? Ces différents interprétations sont débattues par les personnages du film donnant lieu notamment à des tirades particulièrement pertinentes de la guide Sarah, philosophe malgré elle.
Cette exploration excellente au service d’une narration efficace tend à se découdre vers le dernier acte lorsque Le Vrai du faux explore le passif colonial du pays. Capitale déchirée entre tradition et modernité, Kinshasa est le théâtre de nombreux rapports d’oppression, que cela soit entre les noirs et les blancs, la France et le Congo, les hommes et les femmes. Armel Hostiou laisse les habitants exprimer leurs opinions comme leurs désaccords mais en trop peu de temps pour vraiment approfondir ces nouveaux sujets. Chaque thème est abordé trop brièvement, presque par obligation, et on en vient à regretter le propos initial, malicieux et intelligent, d’un homme vaincu par un imposteur… sans définir qui est qui.
Le vrai du faux / d’Armel Hostiou / avec Armel Hostiou, Sarah Ndele, Peter Shotsha Olela / France / 1 h 22 / sortie le 7 juin 2023