
Privés de Mission Impossible pendant plusieurs étés, les spectateurs pourront cette année se rafraîchir dans les salles obscures, devant le septième opus de la saga. Aux manettes depuis Rogue Nation, Christopher McQuarrie réalise un blockbuster généreux, qui exploite une certaine forme de densité temporelle.
Dead Reckoning est un film de son temps : Ethan Hunt se heurte à un ennemi presque impossible à vaincre car inhumain. « L’Entité », c’est le nom donné à l’intelligence artificielle qui s’est émancipée de son créateur et cherche maintenant à l’anéantir. Deep fake ou Fake news, L’Entité est une machine qui peut créer de l’information et contrôler sa circulation. Un outil qui, si maîtrisé, deviendrait la meilleure arme politique de n’importe quel gouvernement. Alors que toutes les puissances mondiales s’arrachent cette nouvelle merveille technologique, Ethan Hunt décide de la détruire. Exit les génies du mal incompris ou les espions russes, l’antagoniste de Dead Reckoning correspond aux enjeux contemporains et au référentiel de ses spectateurs.
Tom Cruise devient alors le défenseur de l’humanité face aux machines, des paysages face aux fonds verts, des cascadeurs face aux ordinateurs. Mission Impossible est un blockbuster artisanal, organique. Et si l’on n’a que très peu de cause de s’inquiéter de la carrière de Tom Cruise, celle d’Ethan Hunt est ici mise à rude d’épreuve. L’agent de la IMF est dépassé par un ennemi qu’il ne comprend pas, un ennemi intangible et capable d’anticiper toutes ses actions. Ethan Hunt doit être imprévisible pour L’Entité et Tom Cruise pour le spectateur. L’ordinateur connaît l’esprit humain tout comme le spectateur connaît les rouages du cinéma d’action. Comment continuer à surprendre ?
Dead Reckoning compose habilement une intrigue avec des éléments inédits et des symboles plus désuets. Ainsi, la technologie la plus avancée du monde se contrôle avec une vieille clé, ou bien la dernière interface de l’IMF est installée sur une Fiat 500 vintage (donnant d’ailleurs lieu à l’une des courses poursuites les plus inventives et amusantes de ces dernières années). Dans ce sixième opus, Ethan Hunt est entre deux époques. Avec ses principes, finalement assez archaïques, il est le seul à pouvoir sauver l’humanité, mais il est confronté à des personnages ou des outils qu’il ne comprend plus. Mission Impossible – la saga autant que l’organisation fictive – doit alors se renouveler. Ethan Hunt accueille de nouveaux membres dans l’équipe, tout en rendant hommage à ceux qu’il a perdus en route, notamment les personnages féminins qui peinent souvent à survivre après avoir croisé son chemin.
Dead Reckoning est ludique : les scènes d’expositions expliquent clairement les enjeux, les risques et les personnages. Si ce n’est quelques flashbacks d’un assez mauvais gout esthétique et sans intérêt concret pour le film, Christopher McQuarrie n’engourdit pas son film d’éléments superficiels. Il sait tirer le meilleur de ces lieux de tournage : bagarre motorisée dans les ruelles de Rome, au sabre sur les canaux de Venise ou en train dans les vallées de Norvège. Dead Reckoning enchaîne les séquences spectaculaires jusqu’à la cascade tant attendue qui voit Tom Cruise sauter en moto d’une falaise avant de déployer son parachute. Mais aussi impressionnante que celle-ci puisse être on finit par lui préférer la scène suivante : les wagons d’un train chutent un par un dans le vide alors que les héros s’élancent à contre-sens pour les remonter. Grisant !
Mission Impossible – Dead Reckoning : Partie I / De Christopher McQuarrie / Avec Tom Cruise, Ving Rhames, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Vanessa Kirby, Hayley Atwell / USA / 2h43 / Sortie le 12 juillet 2023.
Un film aux enjeux fascinants parfaitement cernés dans cette critique qui épouse la mienne. Une franchise décidément des plus passionnantes.
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Tout à fait !
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