Visions

Au cinéma le 6 septembre 2023

© SND

Suite à l’accueil mitigé d’Un homme idéal et la sortie confidentielle de Burn out, Yann Gozlan trouvait enfin son public avec Boite Noire, thriller aérien d’une précision diabolique qui piégeait Pierre Niney au centre d’un complot mortel. Avec une efficacité narrative redoutable et sa suite de rebondissements, le réalisateur prouvait enfin qu’il était plus à l’aise à la barre d’un scénario agréable que des explorations psychologiques poussées. Pourtant, c’est bien à cela qu’il s’essaie avec Visions, hommage à Hitchcock réunissant Diane Kruger, Mathieu Kassovitz et Marta Nieto dans un triangle amoureux au bord de la folie et du fantastique. Essai réussi ou ambition ratée ?

Une villa ultra-moderne, une mer infestée de méduses, un œil sanguin qui observe à travers des fissures, les machineries imposantes des avions de ligne : Visions se veut avant tout une œuvre aux images fortes, aussi évocatrices que symboliques. Yann Gozlan sait comment filmer chaque scène pour lui donner un charme vénéneux et une étrangeté suffocante. Ses personnages vivent en vase clos, au bord du monde et du temps. Tout en lignes géométriques, la beauté plastique et stérile inaugure bien la déchéance à venir, notamment par la figure de l’œil ici détourné en un trou noir sans fond qui attire irrémédiablement la protagoniste.

Il est dommage que ce charme ne soit pas transmis aux acteurs, la faute aux rouages narratifs qui accusent leur lourdeur. On prouve que les personnages s’aiment par des scènes de sexe ; pour faire comprendre qu’un couple bat de l’aide, on répète qu’ils ne parviennent pas à avoir un enfant ; la peur grandissante s’exprime par des cauchemars qui, bien évidemment, se terminent par une image choc et l’héroïne hurlant dans son lit, en sueur. Derrière ces artifices se dégage un scénario qui réussit l’exploit de se perdre et de rester bien convenu. Entre amour raté et paranoïa sans enjeux, Visions avance à l’aveugle pour la majorité de ses deux heures.

On devine plus qu’on ressent le propos esthétique derrière : une bataille tordue entre les regardants et les regardés qui érige le voyeurisme comme seule façon de comprendre les autres. Même si la fin du film renoue avec l’efficacité narrative (bien que peu vraisemblable) qu’on connait de Yann Gozlan, Visions reste dans les mémoires pour le triste gâchis de Diane Kruger, ici midinette désemparée qui ne parvient qu’à nous embarrasser.

Visions / de Yann Gozlan / avec Diane Kruger, Mathieu Kassovitz, Marta Nieto / France / 2 h 08 / sortie le 6 septembre 2023

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