Comme une louve

Au cinéma le 20 septembre 2023

© Alba Films

Inspiré d’une histoire vraie, Comme une louve raconte le parcours chaotique d’une jeune mère de vingt-six ans, Lily , qui élève seule ses trois enfants. Elle est animale, organique, vis dans le peau à peau, la fusion et elle aime sa progéniture, la couve, la couvre – peut-être un peu trop. Habitant dans la précarité d’un foyer, elle se voit un jour confrontée à la rigidité impitoyable et la rationalité des services sociaux, qui l’accusent à tort de mauvais traitements, et lui retirent la garde de ses protégés. 

C’est une bonne mère, une mère poule, affective, qui s’exprime par le corps et l’effusion. Elle est sentimentale, et se heurte à la froideur clinique des raisonnements du juge, de l’assistante sociale, de son avocate. Elle ne comprend pas ce qu’on lui reproche, et répond à cette menace par la violence, par la fuite, face à un monde dont elle ne possède pas les codes, elle qui réagit à l’affect, se révolte, alors qu’on lui demande de rester calme, d’obéir. La scène de la séparation d’avec ses enfants le montre clairement : ce sont des corps que l’on arrache, des mains que l’on sépare violemment, dans les cris et les pleurs, en somme, une famille, donc un tout, une anatomie que l’on déchiquète.

Lily n’arrête pas une seconde, ne s’offre aucun répit. Elle sillonne différents lieux, apparaît pour disparaître aussitôt, navigue du bar où elle travaille et dont elle est renvoyée, au foyer, pour finalement trouver refuge chez sa meilleure amie. Elle est en mouvement constant ; c’est un courant d’air et son impossibilité à se poser traduit d’une part, l’instabilité de sa situation (elle en vient à devenir sans domicile fixe), mais également sa fragilité émotionnelle. Elle est vulnérable, comme le suggère le tout premier plan du film, où l’on voit le talon de sa chaussure vaciller sur les pavés. 

La caméra la capte au sein de séquences courtes, qui se succèdent les unes derrière les autres, esquissant et survolant plus qu’elles ne creusent les différents personnages féminins qui l’accompagnent et la soutiennent. Lily s’entoure de ses amies, toutes plus ou moins bancales, en prise avec la justice, ou ayant un passé trouble et le film nage dans une atmosphère qui rappelle la chronique sociale, plus ou moins convenue.

Les dialogues mettent au jour des discours qui se veulent inspirés du parlé de banlieue, alternant langage familier et grossier, mais la mayonnaise ne prend pas : les acteurs ne semblent pas naturels, ou alors ce sont les répliques qui tentent de se mouler dans le modèle du film social et ne fonctionnent pas. La seule séquence réussie en termes de jeu décrit le bouillonnement avec lequel sont en prise les jeunes femmes vivant au foyer. Elles se chamaillent pour le feuilleton qui passe à la télévision, sous prétexte que les enfants de Lily sont une gêne à la concentration des spectatrices. Le ton monte, et la discussion part dans les tours : tout le monde se hurle dessus, sans vraiment savoir pourquoi, et c’est la rage contenue dans le corps de ces femmes qui trouve là un moyen de s’exprimer. Le spectateur ne saisit pas l’once d’un commentaire ; le brouhaha domine et c’est justement de cette cacophonie que ressort quelque chose de l’ordre de la vérité. 

Comme une louve / De Caroline Glorion / Avec Mathilde de La Musse, Aydan Hullmann-Benouioua, Sandrine Bonnaire / France / 1h39/ Sortie le 20/09/2023.

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