L’air de la mer rend libre

Au cinéma le 4 octobre 2023

© Pyramide Distribution

Quoi de plus beau que le mariage ? Sur le parvis d’une mairie, une jeune femme en robe de mariée attend son fiancé. Elle l’a rencontré le jour-même, et il est déjà parti à l’autre bout de la ville retrouver son amant. Deux petites filles jouent sur les marches. À l’intérieur, les familles se réjouissent que leurs moutons noirs respectifs rentrent enfin dans les rangs. Tout est simple, doux, sans éclat. Dans L’air de la mer rend libre, la violence la plus grande passe par les sourires et les bénédictions.

Saïd est gay et travaille dans la boucherie familiale. Ses parents font mine de ne pas remarquer ses absences, sa réticence à épouser une femme, ses cheveux décoiffés quand il sort de la réserve. Hadjira a rencontré un dealer sur une plage de la Méditerranée. Aujourd’hui, elle porte le voile et ne demande qu’à fonder une famille. Leurs parents, soucieux des apparences plus que du bonheur de leurs enfants, leur organisent un mariage arrangé. À partir de cette situation rocambolesque, Nadir Moknèche tisse un récit intelligent et novateur où deux personnages forcés à cohabiter vont réinventer les règles de l’amour et de la famille.

C’est un monde des secrets qui est filmé avant tout, celui des sous-sols, des rendez-vous cachés après lesquels Saïd retourne se coucher dans le même lit que sa femme. Les personnages changent de masque en permanence, s’adaptant aux attentes des autres et à leurs demandes incessantes. Ils sont pris dans ces rôles pré-définis, projetés sur eux avant qu’ils aient eu la moindre possibilité de se déterminer par eux-mêmes. Avant de critiquer, Moknèche demande à comprendre. Si les parents sont durs, égoïstes, aveugles aux besoins de leurs enfants, ceux-ci se voient offrir la possibilité de grandir et de s’extirper de ces règles et traditions dans lesquelles ils sont encore empêtrés.

Accompagné de sa femme, Saïd croise son amant. Dans le sous-sol de la boucherie familiale, il rencontre un autre homme. Chez le médecin, Hadjira découvre les infidélités de son mari, et dans la cuisine, elle tient tête à la mère de Saïd. Les situations fortes et subversives s’enchaînent, mais sont desservies par une mise en scène trop classique, là où l’histoire ne l’est pas. Si l’élan des personnages nous emporte, la structure vue et revue du scénario vient alourdir l’histoire et dissimule par moments l’inventivité de celle-ci. Mais L’air de la mer rend libre demeure un récit au service de la résurrection et de la liberté, qui n’a pas peur de montrer la vie dans toute son irrévérence – même si le film lui-même aurait gagné à l’être davantage.

L’air de la mer rend libre / De Nadir Moknèche / Avec Kenza Fortas, Youssouf Abi-Ayad, Saadia Bentaïeb / France / 1h30 / Sortie le 4 octobre 2023.

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