
La première séquence d’Alice dans les villes s’ouvre sur un avion qui plane dans le ciel, métaphore du voyage que vont entreprendre le protagoniste, un photographe et journaliste esseulé, et une petite fille, Alice, laissée pour compte par sa mère, rencontrée à l’aéroport, et remise aux mains de Phillip. La caméra pivote et nous retrouvons Phillip, appareil photo en main, prendre un cliché de la mer, la mer qui rappelle la mère, le point final de l’aventure.
C’est une épopée en road movie, où absolument tous les moyens de transports sont utilisés (on passe de la voiture au train, au tramway, à l’avion et même au bateau) et qui rappelle le cheminement d’Ulysse rentrant chez lui.
Ce qui lie Alice et Phillip demeure le fait qu’ils sont inconditionnellement seuls : elle dit d’ailleurs en regardant ses photos qu’elles sont vides. En effet, Phillip ne capture que des paysages, dont toute présence humaine est absente. Il affirme que les clichés ne reflètent jamais ce qu’il a vu. Ces derniers s’installent dans un temps passé, donnent une vision fantomatique à ce qui a été observé, jusqu’à sa rencontre avec Alice, qui voit le monde au présent, comme tous les enfants. Avec elle Phillip est forcé de vivre au jour le jour, d’appréhender la réalité autrement, de s’attarder sur les besoins essentiels comme boire, dormir et manger. Il est forcé de ne pas saisir le monde sous ses dimensions adultes mais par l’approximation de l’enfance: Alice veut rejoindre sa grand-mère mais elle ne sait où elle habite ni comment elle s’appelle. Il faut donc chercher à l’aide de minces preuves ou encore une fois la photographie devient pièce maîtresse.
C’est une quête qui devient errance, capturée par une caméra volatile, comme les personnages, au sein d’un tempo lent, dans un noir et blanc poétique.
De Wim Wenders / Avec Rüdiger Vogler, Yella Rottender, Lisa Kreuzer / Allemagne de l’Ouest / 1h50/ Sortie 1er février 1974 / Festival Lumière 2023