Le Nabad

Festival Lumière 2023

© Festival Lumière 2023

Réalisé entre deux œuvres imposantes, Les Misérables et GerminaleLe Nabab d’Albert Capellani est un film social et intimiste, lui aussi adapté d’un roman d’Alphonse Daudet. Il dessine le parcours du forgeron Bernard Jeansoulet, frère aîné de Louis, qui trouve un emploi à Paris, et se laisser griser par l’atmosphère enivrante de la capitale. Bientôt, il est accusé à tord par une femme qu’il convoite de lui avoir dérobé, à tord, un sac contenant ses bijoux, et se voit écoper de cinq ans de prison. Bernard, pour ne pas inquiéter sa mère, n’en souffle mot, et part lui aussi, à la conquête des villes, et surtout d’argent. Il s’enrichit, mais la concupiscence le rattrape. 

Le film pourrait se lire selon ses arrière-plans, foisonnants, extrêmement riches. Tout commence par un plan sur la croupe d’un cheval, ancrant l’image dans une veine réaliste. En témoigne la grande application à tourner à l’extérieur, en dehors des studios : saisir des paysages ruraux, dans la lumière crue et contrastée qu’offre la nature est rare pour l’époque. Le décor est théâtral, les meubles sont tous disposés à leur juste place, et montrent autant la frugalité de cette vie paysanne, que les liens entre les personnages, quand la table dressée pour trois personnes (Bernard, Louis, et leur mère) est finalement débarrassée, car chacun des deux frangins a décidé de partir à l’aventure. Au calme et à la désuétude des scènes de campagne, succède le mouvement, la foule et le grouillement de la ville. Les femmes remplacent les membres de la famille, se muent autour de Louis, subjugué, grisé, tout en développant des liens superficiels, qui s’effritent, où la jalousie prend le pas sur la fraternité (il y a cette dispute entre les deux prétendantes de Louis). 

De son côté, et alors que Louis est emprisonné, Bernard part en bateau pour l’Afrique du Sud, où il devient chercheur de pierres précieuses. Il fait fortune en trouvant des diamants et habite un somptueux appartement, qui l’enferme, dans un écrin doré, des moulures, des chèques qu’il signe sans regarder. Un triangle amoureux se forme lorsqu’il décide de venir en aide au président d’une revue en voie de faire faillite. Il rencontre, par la même occasion, une sculptrice dont il tombe fou amoureux. Le décor, encore une fois, vient souligner d’une part, le fait que les citadins portent des masques (la jeune artiste vit dans une pièce remplie de sculptures, taille des visages dans la pierre, reproduit la réalité, soit le déguisement que tout un chacun porte pour s’attirer la bienveillance et la sollicitude financière de Bernard ) et les enjeux entre les trois personnages, qui se placent en triangle, symbole de leur relation. 

Au moment où il devient procureur, où, en plus de la richesse matérielle, il possède une richesse d’esprit – celle d’être reconnu, sur l’honneur, par des confrères – on l’accuse à tord d’être un voyou, un délinquant. Il emboîte le chemin de décrépitude de son frère, décide finalement de retourner vivre chez sa mère, où un nouveau triangle se forme, celui de la famille, quand Louis revient lui aussi à la maison. A défaut de grandiloquence, Bernard en vient à préférer l’amour familial, la sincérité. 

De Albert Capellani / Avec Pierre Larquey, Léon Bernard, Jean Dax / France / 55 min / 1913 / Festival Lumière 2023.

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