LaRoy

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Dans une voiture, sous le ciel nocturne du Texas, le psychopathe n’est pas celui qu’on croit. Une ouverture sous haute tension qui place LaRoy sous le régime des apparences, de la duplicité et du malentendu. Ce dernier informe le récit, puisque c’est d’une méprise que pleuvent les mésaventures truculentes et sanglantes du pauvre Ray (John Magaro) pris à sa grande infortune pour un tueur à gages par un quidam à l’air patibulaire, mettant ainsi sur sa route un beau paquet de biftons. Alors même que notre Ray éploré manque de se griller la cervelle.

À peine deux semaines après l’affligeante copie plastifiée Drive-Away Dolls, nous revoilà entraînés sur les terres coeniennes, attestant à la fois de l’influence tenace de l’œuvre des deux frères sur le paysage filmique et d’une certaine paralysie d’un cinéma américain embourbé dans des schémas éculés. Le personnage de Ray reconduit cet archétype de l’anti-héros médiocre et méprisé de tous, à commencer par sa femme Stacy-Lynn qui le cocufie. Celle-ci, plutôt écervelée, rêve pathétiquement de fonder un salon de beauté qui la ferait redevenir la princesse qu’elle fut. Elle, Ray et l’ensemble des personnages apparaissent captifs de leurs désirs et illusions véhiculés par l’American way of life, et qui les précipitent fatalement vers leur perte. Seul Ray se distingue toutefois partiellement dans ses motivations qui, si elles le conduisent à commettre l’irréparable, paraissent moins mercantiles. C’est qu’il espère avant tout regagner l’amour de sa femme, malgré sa trahison.

Reste que cet amour, et telle est son erreur, ne pourra pas s’acheter. Tout concorde ainsi au rythme des cadavres et des révélations qui jalonnent l’intrigue à dépeindre une société américaine qui a perdu la boussole sur l’échelle des valeurs. On regrettera que la forme, tant narrative qu’esthétique, peine elle aussi à trouver la sienne, qui ne soit pas tout entière orientée par des modèles préexistants. L’énième variation parodique du thriller amusera bien ici ou là, le genre s’appréhendant seulement comme un jeu, pour le spectateur comme pour le personnage de Skip, dont la fantaisie naïve teintée d’idiotie et de vulgarité suscite la franche sympathie, l’acteur Steve Zahn réussissant à incarner, en creux de ses frasques burlesques, une tendre sincérité. Dommage que le casting, unanimement inspiré, ne suffise pas à insuffler l’âme dont Laroy se montre invariablement dépourvu, risquant à l’instar du dernier film d’Ethan Coen – là est toute l’ironie – d’épuiser un style jusqu’au cliché.

LaRoy / de Shane Atkinson / Avec John Magaro, Steve Zahn, Dylan Baker / 1h52 / USA / Sortie le 17 avril 2024.

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