
Pourquoi ? C’est à peu près la réaction d’un bon nombre de spectateurs à l’annonce, en 2018, d’une suite à Gladiator. Qu’ajouter de plus à ce néo-péplum, désormais culte, qui se suffisait d’une trajectoire unique et n’appelait à aucune suite ? Six ans plus tard et le film sous nos yeux, le constat reste le même. Pourquoi Gladiator II ?
Dans la grande tradition hollywoodienne post-2010, ce nouvel opus opère comme un requel, équilibre entre suite et reboot pour attirer à la fois les fans du premier et un nouveau public. Par conséquent, l’impact du long-métrage précédent est magiquement effacé afin de revenir à une même situation initiale, terrain propice pour déployer des enjeux et des protagonistes similaires. Un héros trahi par Rome et cherchant à venger sa défunte compagne (Maximus/Lucius), un empire antagoniste et malade (Commode/Geta et Caracalla) et un marchand d’esclaves comme figure trouble (Proximo/Macrinus) : Gladiator II ne fait même pas l’effort de cacher son jeu et déroule son programme avec une paresse notoire.
Pourtant, les désirs d’ailleurs d’un tel projet sont évidents mais se heurtent inévitablement à l’impasse de la franchise. Les quelques pistes intéressantes, que ce soit le jeu de dupes de Macrinus ou l’ambiguïté morale d’Acacius, sont sacrifiées sur l’autel du grand spectacle, qui prévaut encore et toujours sur le reste. En artisan compétent qu’il est, Ridley Scott surpasse sans mal la concurrence en emballant ses grandes séquences d’action avec rigueur, notamment une bataille navale joliment orchestrée, mais le souffle lyrique qu’il put brandir jadis a depuis longtemps disparu. Le montage précipité, surprenant pour une soi-disant final cut, pousse chaque séquence vers la porte de sortie, évacuant embryons d’idées et concepts recyclés dans un même élan d’indifférence.
La figure incarnée par Lucius témoigne à elle seule d’un projet incapable de se positionner entre une quête de vengeance factice, qui tente vainement de reproduire celle du premier mais que le film évacue dès que possible, et celle d’un héritage inavoué, le rêve d’une Rome égalitaire. Seulement, ce que son prédécesseur parvenait à accomplir, c’est en plaçant en première ligne la vengeance individualiste, axe narratif galvanisant et forcément empathique, et en faisant de la salvation romaine une intrigue secondaire, presque un effet collatéral bienvenu des agissements personnels de Maximus. Scott, n’ayant jamais été un brillant cinéaste politique, peine à donner vie au rêve sociétal de Gladiator II, réduit ici à quelques figurants automates, esquissés en plans d’ensemble mais jamais vraiment filmés. Alors qu’il conte avant tout la trajectoire d’un fils devant renouer avec son noble héritage, il est quand même curieux qu’un tel spectacle arriviste et autocentré se fasse passer pour une œuvre populiste.
Gladiator II / de Ridley Scott / avec Paul Mescal, Pedro Pascal, Joseph Quinn, Connie Nielsen et Denzel Washington / 2h28 / U.S.A / Sortie le 13 novembre 2024.