Kyuka – Avant la fin de l’été

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Le conte d’été est quasiment devenu un sous-genre filmique à part entière, traversant les décennies et les frontières, d’Ingmar Bergman (Monika) à Jacques Rozier (Du côté d’Orouët), en passant évidemment par le film éponyme d’Éric Rohmer. Bien que Kyuka – Avant la fin de l’été emprunte à beaucoup de ses prédécesseurs, le premier long-métrage du cinéaste grec Kostis Charamountanis semble, de prime abord, trouver sa principale filiation auprès du récent Aftersun, exploration familiale par le format DV. Mais à l’uniformité de Charlotte Wells, Kostis Charamountanis oppose une logique plus composite.

Sous l’apparente banalité de son récit, Kyuka travaille un certain dérèglement, notamment via un réseau d’absences. Absence d’abord identitaire, au sein de cette petite famille dont chaque membre semble incomplet : la féminité refoulée du fils, le spleen assumée de la fille, l’impuissance figurée du père, qui n’arrive plus à pêcher de poissons. Et absence centrale du récit, en la personne de la mère, partie “chercher des cigarettes” il y a bien longtemps, à l’origine de bien des maux familiaux. La simplicité d’un tel projet – finalement, une “énième” histoire de famille décomposée – trouve son émotion dans la quête figurative qui s’y joue en creux : retrouver l’image manquante.

Cette quête se cristallise lors d’une séquence a priori anodine, dans le premier tiers du long-métrage, lorsque les deux jumeaux, Konstantinos et Elsa, viennent discuter avec une femme qui attend le bus. Une image banale, obstruée qui plus est par l’apparition d’un couple de touristes au premier plan, mais qui s’avère essentielle : la femme se révélera plus tard être leur mère disparue, ayant désormais refait sa vie avec une autre famille. Dès lors, le conte d’été se mue en tragédie, centrée sur un petit microcosme de familles décomposées et recomposées, et sur l’impossible réunion – dans un même plan – de la mère et de ses deux enfants.

« L’été nous a engloutis. » Le proverbe, énoncé en voix-off par Babis, père de cette troupe familiale, a beau paraître déconnecté du récit, il en dessine pourtant la discrète mélancolie. Kyuka fonctionne, avec la fragilité propre aux premiers films réussis, précisément parce qu’il se plaît à absorber les genres – conte d’été, tragédie et récit initiatique coexistent sans jamais s’annuler – tout comme les formes. À mesure que la narration se complexifie, le naturalisme des débuts cède la place à une corruption des séquences attendues : inversées, figées, accélérées et donc détournées. Si Charamountanis frôle parfois l’excès, cette boulimie formelle permet à Kyuka de capturer un certain flottement estival et de renouer dans ses derniers instants avec la beauté simple d’une image retrouvée.

Kyuka – Avant la fin de l’été / de Kostis Charamountanis / Avec Simeon Tsakiris, Elsa Lekakou, Konstantinos Georgopoulos, Afroditi Kapokaki & Elena Topalidou / 1h45 / Grèce / Sortie le 16 avril 2025.

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