Danger : Diabolik !

Disponible en Combo 4K Blu-ray

© Sidonis Calysta

Anti-héros d’une longue série de fumetti lancée en 1962 par Angela et Luciana Giussani, Diabolik était voué, tôt ou tard, à faire le saut vers le grand écran. Cette transposition s’imposait à la fois pour des raisons économiques — le succès massif de la bande dessinée originelle puis l’essor des eurospy movies dès 1964, dans le sillage du premier James Bond — et par la singularité de son criminel éponyme, figure mutique entièrement vêtue de noir, dont seule la paire d’yeux demeure visible. Une créature de cinéma, donc, quasiment dénuée de parole car pensée pour être autant regardante que regardée.

Si sa première adaptation filmique, réalisée par Mario Bava en 1968, reste encore aujourd’hui une merveille, c’est précisément parce que l’auteur italien en conçoit la forme à l’image de son protagoniste : entièrement dévouée au regard. Dès son braquage inaugural, Danger : Diabolik ! se construit sur un équilibre étrange entre le matérialisme inhérent au film d’action et l’expressionnisme bariolé de son géniteur. Tandis que gangsters et policiers tirent, frappent ou roulent à toute allure, les décors abstraits et les effets psychédéliques poussent le programme vers la déréalisation. Ce qui compte pour Bava n’est pas tant de créer de toutes pièces un imaginaire que d’en travestir un déjà existant. La récurrence des plans embarqués en voiture, comme d’autres codes de l’époque, trace un sillon familier, mais leur accélération extrême instaure un rythme inédit et, par conséquent, une sensation renouvelée.

Cette croyance en l’image entérine surtout une filiation, toujours prégnante au cœur des récits hypra-visuels de Bava, avec le cinéma muet, de la narration sérielle de Feuillade en passant par les expérimentations frénétiques de Vertov ou, plus encore, les trompe-l’œil de Méliès. Profondeurs de champ d’où peut jaillir l’anti-héros, trappes au sein même du plan, maquettes dissimulées dans le décor : chaque cadre est un mystère à élucider, chaque plan un piège à double fond. L’artifice étant aussi l’arme première de notre malfrat, qui use de nuages de fumée, déguisements et autres fausses images, Danger : Diabolik ! devient peu à peu sujet d’un jeu de dupes entre les ruses du personnage et celles du cinéaste.

Ce à quoi participent ces outrances n’est pourtant jamais une forme anesthésiante — Bava est un auteur trop fin pour ignorer quand décélérer et ménager ses effets — mais contribue au contraire à la construction figurative du personnage. Diabolik ayant déjà l’argent comme l’amour en sa possession, sa quête de profit est vaine puisque clairement superficielle. Derrière ce faux mobile se dessine un objectif cinétique, plus conceptuel et souterrain, qu’il partage avec sa complice et compagne Eva.

Tous deux refusent la fixité et semblent devoir maintenir un même élan, en cambriolant à tour de bras. Même lors des rares pauses romantiques, le mouvement subsiste, inscrit dans les dispositifs mêmes du décor — voiture tournoyante ou lit rotatif couvert d’argent. Que Eva et Diabolik interrompent leurs préliminaires dès que la porte du garage s’ouvre et qu’ils peuvent avancer est révélateur : l’impulsion qui anime film et protagoniste est éminemment sexuelle, tendue à l’extrême et maintenue constamment au bord de l’orgasme.

Danger : Diabolik ! / de Mario Bava / Avec John Phillip Lao, Marisa Mell, Michel Piccoli, Adolfo Celi / 1h45 / Italie, France / Sortie en Combo 4K Blu-ray le 16 janvier 2026.

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