
Auteur, compositeur et chanteur, Jean Felzine est l’un des membres du groupe Mustang et 1/2 du duo Jo & Jean. Son premier album solo Chord Memory avait vu le jour en 2023. Cette semaine, la sortie de son nouveau single « Adieu » annonce la séparation de Mustang mais aussi, on l’espère, le début de nouvelles aventures musicales… À suivre !
- Le film qui t’a fait aimer le cinéma ?
C’est un documentaire. Je m’en souviens très bien : j’étais malade, un matin, et je suis tombé devant un documentaire sur les effets spéciaux gores, et notamment sur ceux de Tom Savini pour Le Jour des Morts Vivants de George A. Romero. Ça m’a beaucoup intrigué de voir les coulisses d’un film. Je devais avoir huit ou neuf ans et ils montraient des extraits de films qui étaient d’une violence dingue mais ça m’avait fasciné. C’est peut-être certaines des images qui m’ont le plus marqué : un zombie est sur une table d’opération et ses boyaux tombent. J’aimais bien dessiner et j’avais beaucoup repris cette séquence : c’était une première stigmate. Ça a été le début d’un amour du cinéma d’horreur qui n’a jamais disparu !
- Ton biopic favori sur un chanteur ?
Contrairement à certains, je ne suis pas anti-biopic. Il n’y en a pas beaucoup qui sont vraiment irregardables. Evidemment, c’est très prévisible : il y a toujours des scènes de concert qui durent trois minutes, entrecoupées de flashbacks, et ils choisissent toujours le même moment dans la carrière. Mais, par exemple, j’ai beaucoup aimé Elvis de Baz Luhrmann. Surtout parce qu’il était émouvant, c’est une histoire tragique. Aussi parce que son côté putassier allait bien avec le sujet : Elvis c’est un peu comme un super-héros, on peut raconter son histoire de différentes façons. Il y en a un autre que j’avais aimé parce qu’il s’affranchissait justement un peu de ces règles narratives : Le Blues de Ma Rainey, un film Netflix de George C. Wolfe. Le film se concentre sur une seule journée de studio. Il y a évidemment en fond le racisme et la ségrégation qui sont traités mais on voit aussi les musiciens répéter. Quand tu es musicien, c’est ce qui te manque beaucoup dans les biopics : des scènes d’écriture ou de répétitions crédibles.
- La meilleure scène dans un aéroport / un avion ?
La première qui me vient à l’esprit c’est la scène de la mort du héros dans L’Armée des douze singes de Terry Gilliam. C’est une scène clef du film : il se fait tuer par les régulateurs du futur et, plus jeune, lui-même se voit se faire tuer dans l’aéroport. Cette image le hante toute sa vie. C’est marrant parce que j’étais vraiment très fan de Bruce Willis – c’était la star masculine du moment quand j’étais petit – et je me souviens exactement du soir où ils ont passé L’Armée des douze singes puis La Jetée de Chris Marker. Après, je pouvais fanfaronner à l’école en disant : « Ouais L’Armée des douze singes c’est bien mais c’est surtout tiré d’un film un peu chelou, en plan fixe… »
- Le film dans lequel tu aimerais vivre ?
Je pense que c’est à peu près pareil pour tout le monde : quand on est jeune, on a envie de s’identifier au héros, de tuer les méchants et de tomber amoureux de l’actrice. Je me souviens que, jusqu’à la fin du lycée, j’avais les cheveux longs et, en voyant L’Année du dragon, je me suis coupé les cheveux. Je voulais la même coupe que Mickey Rourke ! Donc peut-être que j’aimerais vivre dans L’Année du dragon de Michael Cimino. En plus, il y a ce restau chinois dans le film ; il y a plein d’éléments qui, visuellement, sont assez cool et sexy !
- La BO que tu écoutes en boucle ?
La musique de Ghost in the shell, composée par Kenji Kawai. J’aime beaucoup l’animation, c’est même un boulot que j’aurais bien aimé faire, quand j’étais petit. Une copine de ma sœur avait Canal + et elle m’enregistrait souvent des films. Elle m’avait enregistré la nuit manga de Canal où ils passaient Ghost in the Shell de Mamoru Oshii. De voir de l’animation pour adulte, quand on avait vu que des Disney, c’était un choc. Je me souviens d’une scène où l’héroïne se réveille et elle passe son blouson : le geste était d’une grâce incroyable. Et la scène ne sert à rien : elle se lève, elle est nue, un peu hagarde, on la voit aller dans la salle de bain et la caméra ne la suit pas. On ne voyait pas ça dans les Disney. Comme si la caméra était posée et le metteur en scène nous disait : « pas de raison de ne pas attendre ». Pour revenir à la musique, le grand thème du début, quand on voit le cyborg se faire construire, c’est toujours incroyable. Ce sont des sons du milieu des années 90, liés à certaines machines, avec une certaine réverbération. C’est une vraie madeleine de Proust !
- La meilleure restitution d’un personnage alcoolisé au cinéma ?
Sûrement Paulie dans Rocky de John G. Avildsen parce qu’il n’est pas « glamourisé ». C’est un personnage qui a un côté répugnant, un peu veule, même si au bout du compte il est attachant. Le problème c’est que l’alcool au cinéma est souvent romantisé. Il y a quelques mois, j’ai aussi vu Le poison de Billy Wilder. C’est pas mal même si ça a quelques fois des allures de spot de prévention ; il y a un côté un peu didactique. Et l’autre défaut c’est que c’est un écrivain. L’association entre le génie et les drogues me parait complètement anachronique…
- Le film culte que tu n’as toujours pas vu ?
Je n’arrive jamais à regarder La vie est belle de Franck Capra. J’ai essayé plusieurs fois mais je le trouve horripilant. Dans l’âge d’or hollywoodien, j’ai l’impression que les dialogues cherchent à être perpétuellement malins, ça me fatigue. Alors oui, ça swingue, c’est une musique en soi, mais, au bout d’un moment, on dirait quand même qu’ils passent leur temps à faire des calembours. C’est moins lent que les films américains contemporains, je leur reconnais ça : ils connaissaient la vertu de l’ellipse !
- Ta réplique préférée ?
« Mâchez ça et vous banderez comme des dinosaures ! » dans le premier Predator de John McTiernan, quand il leur donne du tabac à chiquer. Je l’entends en français parce que c’est Jacques Frantz qui faisait la voix. Je ne suis pas même sûr que ce soit pareil en anglais ! Beaucoup d’acteurs qui étaient mes héros quand j’étais enfant ou ado, je les regarde toujours en VF. Pour moi, Bruce Willis aura toujours la voix de Patrick Poivey, Harrisson Ford celle de Richard Darbois, Arnold Schwarzenegger celle de Daniel Beretta, Samuel L. Jackson celle de Thierry Desroses… Il y a une époque où les doublages étaient exceptionnels !
- La plus belle scène de danse au cinéma ?
Je ne suis pas très client de comédie musicale. Il y a des scènes de « chorégraphies photographiques » dans Love Exposure de Sion Sono que je trouve extraordinaires. C’est un film qui m’avait scotché. Mais mon film préféré de tous les temps c’est Fire walk with me de David Lynch et il y a la scène du club où il y a aussi des éléments de danse. C’est un film que je revois une fois tous les deux ans. Je n’ai jamais réussi à l’éventer. Cette scène là, il y a tout dedans ; c’est ahurissant !
- Si on réalisait un film sur toi, quel serait son titre ?
« Feu de tout bois ». J’aime l’idée de pouvoir prendre n’importe quoi pour en faire quelque chose. J’aimerais bien qu’on retienne de ma vie que j’étais à peu près capable de faire des chansons à partir de pas grand chose. En tout cas, c’est ce que j’essaye de faire !
Propos recueillis par Chloé Caye le 7 janvier, à Paris.
Pour écouter « Adieu » : https://open.spotify.com/intl-fr/album/6ElNP92OBGoCRG3tuUh0a4?si=Xga9997QT4SlRghQF38BCQ