Exposition – Tolkien, voyage en Terre du Milieu

Jusqu’au 16 février 2020 à la Bibliothèque nationale de France

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Affiche de l’exposition Tolkien, un voyage en terre du milieu © BnF, The Tolkien Estate Limited / The Tolkien Trust

« Il dessinait les cartes et elles lui servaient de décors pour que ses personnages évoluent. Si l’histoire prenait une autre tournure, il devait revenir sur la carte. C’était la même chose avec les langues et chaque détail » raconte Adam Tolkien, petit-fils de J.R.R. Tolkien, lors d’une rencontre avec le public français à l’occasion de l’inauguration de l’exposition. Une minutie qui caractérise l’auteur connu notamment pour le Hobbit (1937), le Seigneur des anneaux (1972) et le Silmarillion (1977). La Bibliothèque nationale de France, en partenariat avec Tolkien Estate, la Bodleian Library, Vincent Ferré et la famille Tolkien, dédie en cette fin d’année ses 1000m2 à l’auteur et professeur britannique reconnu comme l’une des figures créatrices de la fantasy. 

L’exposition nous propose un voyage au cœur du monde de Tolkien à travers différents lieux. Dans un premier temps, c’est la Terre du Milieu que nous traversons : en passant par la Comté, la Moria, le Gondor, les forêts, Isengard, le Rohan avant d’arriver au Mordor. Chaque salle nous en dévoile un peu plus sur les peuples de ces villages, villes et contrées. Avec chaque groupe d’habitant viennent effectivement des coutumes, des langues, des religions, des mythes et une histoire. Cette chronologie historique et fictive de l’œuvre s’étend sur quelques 12 000 ans depuis la création du monde jusqu’aux événements relatés dans Le Seigneur des anneaux. C’est bien cette profondeur du travail de l’auteur qui frappe : non seulement nous pouvons retracer la généalogie de chaque race sur des générations entières mais leurs langues connaissent elles aussi des variations subtiles. Le professeur de vieil anglais à l’université d’Oxford affiche un amour et une pratique de la philologie tout à fait incommensurable et invente de toute pièce une quantité inouïe de langages (une dizaine dans Le Seigneur des anneaux) mais pense également, comme tout idiome réel, à nous faire connaître ses évolutions temporelles et ses dialectes à l’aide de différents types d’écritures cursives et d’alphabets runiques. Le mot « puzzle » est souvent utilisé pour qualifier l’oeuvre de J.R.R. Tolkien. Description appropriée tant chaque salle de la BnF paraît déborder de pièces ayant servies à la construction de ses œuvres. Ces documents prêtés par la grande Bodleian Library d’Oxford regroupent entre autres des manuscrits originaux, des brouillons, des ouvrages contemporains, des cartes ou encore des aquarelles qui permettent de contextualiser son travail. Ils sont constamment introduits par des textes très concis qui relèvent certaines questions fondamentales propres à l’auteur ou son œuvre.

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Lettre du roi : lettre d’Aragorn à Sam, écrit en langue elfique. 1950 © The Tolkien Estate Limited / The Tolkien Trust

La deuxième partie de l’exposition se concentre quant à elle sur l’homme et professeur. On y retrouve des lettres échangées avec son fils ou avec son ami C.S Lewis (Le monde de Narnia) mais aussi des poèmes, des nouvelles et des contes pour enfants écrits avant Le Hobbit. Aussi mis à l’honneur, Christopher Tolkien, son troisième fils, qui joue un rôle majeur dans la création et parution de l’oeuvre de J.R.R Tolkien. Toute sa vie, il travaille sur la mise en forme des cartes, l’organisation du récit et la relecture des brouillons (plus jeune, il était payé un penny par faute qu’il parvenait à relever dans les textes de son père). Après la mort de ce dernier, il permet notamment au Silmarillion, ouvrage que J.R.R. Tolkien considérait d’une importance inégalée, d’être publié. On retrouve donc dans cette deuxième partie de l’exposition, et de manière très concrète, l’influence de ses contemporains et de son fils mais aussi celle de son expérience traumatisante durant la première guerre mondiale. C’est également son amour de l’Angleterre médiévale et rurale qui s’en dégage. Sa passion et son étude approfondie de la nature sont déterminants et placent Tolkien comme un auteur écologique radicalement engagé contre l’industrialisation de l’Angleterre. Cette fascination pour la nature et cette croyance en sa souveraineté sur la technique se matérialisent par de nombreux dessins et croquis d’arbres, existants ou imaginaires. C’est sûrement l’un des aspects les plus surprenants de cette retrospective. Son talent d’illustrateur reste peu connu et le nombre d’œuvres picturales qu’il réalise est déconcertant.

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Fendeval, illustration du Hobbit. 1937 © The Tolkien Estate Limited / Bodleian Library

Si la famille Tolkien n’a jamais reconnu le besoin d’une adaptation cinématographique et n’hésite pas à exprimer son aversion pour celle de Peter Jackson, pourtant monument du septième art, le caractère visuel de l’œuvre de Tolkien est indéniable. Son travail acharné sur les textes trouve un écho dans sa recherche picturale et se traduit par des illustrations captivantes dans lesquelles on retrouve une minutie et une poésie essentielles à son style. Ces éléments visuels fonctionnent en parallèle avec la construction presque cartographique de l’exposition. On pénètre dans un lieu dont on apprend les langues et pratiques mais dont les couleurs et formes nous sont également données par l’auteur. Il est amusant de pouvoir alors comparer ces illustrations très propres à l’époque de leur création à l’iconographie, plus ou moins fidèle, véhiculée par les films. Ce rapport très fort entre la géolocalisation, la généalogie, le langage et le visuel font de l’œuvre de Tolkien une mine d’or pour l’exploitation cinématographique. Pourtant, le monde qu’il a créé est si infiniment complexe et dense que les producteurs hésitent souvent à s’y risquer (on se souvient du temps qu’il aura fallu à Peter Jackson pour développer sa trilogie). L’engouement du public pour cet univers est cependant tel qu’il n’est jamais délaissé bien longtemps, après la trilogie originale et celle du Hobbit, une série Amazon prenant place entre les événements du Silmarillion et du Hobbit est actuellement en cours de production. 

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Carte imprimée de la Terre du Milieu. 1969 © The Tolkien Estate Limited / Bodleian Library / Williams College Oxford Programme

Tous ces éléments qui font de l’œuvre de Tolkien un pilier du divertissement populaire couplé d’un chef-d’œuvre symbolique et littéraire sont mis en scène de manière très compréhensible dans cette exposition qui se revendique, à juste titre, la plus complète en France. Elle permet en effet aux novices de découvrir la diversité du travail de l’auteur et aux experts de retrouver des pièces et manuscrits originaux jamais exposés en France auparavant. La fréquentation record de la BnF (jusqu’à 1 800 entrées quotidiennes) reflète bien cette soif de connaissance de la part du public français. Succès amplement mérité car l’exposition présente à merveille ce sens du détail inhérent au travail de Tolkien qui nous échappe parfois au vu de son immensité. Cet événement unique nous permet une traversée lyrique et exhaustive au coeur de ce monde fantastique, source d’une richesse intemporelle. 

Tolkien, voyage en Terre du Milieu  / Exposition jusqu’au 16 février 2020 à la Bibliothèque nationale de France.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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