La vie invisible d’Eurídice Gusmão

Au cinéma le 11 décembre 2019

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Carol Duarte, Julia Stockler ©ARP Distribution

Moins connu en Europe que ses compatriotes Walter Salles ou Kleber Mendonça Filho, le brésilien Karim Aïnouz livre pourtant son sixième film de fiction avec La vie invisible d’Eurídice Gusmão, prix Un Certain Regard à Cannes. Son puissant mélodrame féministe narre l’histoire de deux sœurs vouées à ne plus se voir à cause d’une société qui les empêche de réaliser leurs rêves, et se révèle être l’une des belles surprises de cette fin d’année.

Eurídice, 18 ans, et Guida, 20 ans, sont deux soeurs fusionnelles. Nous sommes à Rio de Janeiro dans les années 1950, et toutes les deux ont envie d’ailleurs. La première souhaite passer le concours de piano du Conservatoire de Vienne, et la seconde fuit un soir pour partir en bateau avec un marin grec. Alors que cette dernière ne semble pas décidée à revenir, Eurídice se voit arrangée un mariage avec un jeune homme dont elle n’est pas amoureuse. À cause d’un mensonge intentionnel de leur père, les trajectoires des deux sœurs ne se rencontreront plus jamais, contrairement à leur amour qui ne fera que croître au fil d’un échange épistolaire à sens unique. 

Profondément romanesque, le film fait se croiser des destins déliés. Les vies des deux sœurs se frôlent sans se heurter, dans la même ville sans en avoir conscience. Le cinéaste Karim Aïnouz parvient à montrer, avec un talent certain de mise en scène, la fracture sociale qui existe au Brésil, chacune des femmes vivant dans un quartier différent, évoluant dans un monde opposé, et à la faire entrer en relation avec la place occupée par les femmes dans la société. Car il raconte avant tout leur impossible émancipation au milieu du XXe siècle, le patriarcat ne leur laissant guère le choix de leur avenir. Guida doit élever son enfant seule, rejetée par son père, recueillie par une prostituée, dans un milieu où l’entraide est toutefois plus évidente que celui d’Eurídice, dont la vie est conforme aux traditionnelles lois du mariage, avec un époux qui l’aime, certes, mais reproduit le schéma machiste de ses aînés. La vie invisible d’Eurídice Gusmão transmet ainsi l’état des lieux d’une situation sociale sur la durée, le récit se déroulant de la jeunesse à la vieillesse des deux protagonistes, et le fait parvenir jusqu’à nous avec une profonde résonance. Il emporte aussi parce qu’il se situe à l’intérieur d’une forme d’onirisme voluptueux assez singulière, avec son image humide et ses grandes scènes sensuelles. La puissance de la relation des sœurs se propage également à travers la façon dont chacune imagine la vie de l’autre, dont elles ignorent pourtant tout. Entre le chagrin et l’apaisement, cette fresque mélodramatique et critique sociale finit de bouleverser lors d’une ellipse qu’il est difficile d’oublier.

La vie invisible d’Eurídice Gusmão / De Karim Aïnouz / Avec Carol Duarte, Julia Stockler, Gregório Duvivier / Brésil – Allemagne / 2h20 / Sortie le 11 décembre 2019.

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