Le Discours

Théâtre Michel

© Emilie Brouchon

Adrien apprend lors d’un dîner de famille rébarbatif qu’il devra prononcer un discours lors du mariage de sa sœur. Si ce devoir l’importune, il reste dans l’immédiat moins perturbant que l’absence de réponse de Sonia – son ex – à son dernier SMS. 

Dans ce seul en scène, le personnage imaginé sur le papier par Fabcaro prend vie sur la scène du théâtre Michel. Adrien est campé par Simon Astier qui – habitué à l’improvisation théâtrale – délivre ce monologue à la perfection, tout en l’adaptant à l’ambiance de la salle. Le commencement n’est jamais une mince affaire, et il faut un bref moment au comédien pour s’approprier entièrement le langage de l’auteur et habiter complètement le corps du personnage. C’est durant cette même période – quelques minutes à peine – que le spectateur habitue son oreille à la prose de Fabcaro et devient familier du dispositif scénique. Une fois ces courtes présentations entre l’interprète, le texte et le public achevées, la connexion est instantanée.

Fabcaro touche avec justesse des sujets du quotidien : la famille, les ruptures, les textos, l’amour, les chocolats « avec le truc blanc immonde à l’intérieur ». C’est ici l’aspect presque stand-up du Discours : le comédien évoque les poncifs du théâtre humoristique en s’adressant directement au spectateur. Le texte prenait en effet à partie le lecteur, qui devient ici le spectateur : élément qui en fait essentiellement une excellente matière pour la scène, au-delà du stand-up (bien plus que pour le cinéma comme a pu nous le prouver l’adaptation filmique peu réussie de Laurent Tirard sortie cette année). Les unités de temps et de lieu restent identiques, la scène se suffit à elle-même : le décor n’a nul besoin de varier et seuls des changements de lumière nous permettent de prendre conscience des flash-backs ou flash-forwards. Le Discours est également intrinsèquement théâtral de par sa capacité de projection visuelle. Le texte nous donne à voir, sans nous montrer. Mais c’est aussi grâce à la seconde grande qualité d’adaptation de Simon Astier, qui n’hésite pas à jouer des silences ; laissant des moments de tranquillité au spectateur pour lui permettre de visualiser, ou bien accentuer l’effet comique. 

Comique physique ou verbal, le comédien ne délaisse pas l’un au profit de l’autre. De toute évidence, Le Discours tire son humour de la verve admirable de Fabcaro, mais un certain passage de danse muette lors d’une soirée déguisée ne laisse pas les spectateurs de marbre. Astier jongle donc avec ces mots au milieu d’une mise en scène minimaliste – mais non inexistante – pour nous faire rire en révélant finement nos acharnements et déceptions quotidiens. 

Le Discours est une franche réussite : un texte hilarant pour un moment théâtral joyeux partagé, et une reconnaissance touchante entre un interprète et son public. 

Le Discours / De Fabcaro / Mise en scène de Catherine Schaub / Au Théâtre Michel jusqu’au 8 janvier 2022.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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