
En 1858, Edgardo Mortara est enlevé à ses parents par les autorités papales. Le jeune garçon de six ans aurait été secrètement baptisé par sa nourrice et ne peut donc pas être élevé au sein d’une famille juive. Il est alors envoyé à Rome à la Maison des Catéchumènes pour recevoir une éducation catholique. Bellocchio filme dans L’Enlèvement la conversion du jeune Edgardo, l’admiration qu’il développe pour le pape Pie IX et, à l’inverse, la perte de crédibilité, d’influence que ce dernier subit en Italie.
Pour les spectateurs peu familiers avec l’enlèvement d’Edgardo Mortara et le scandale international qui s’ensuit, le film de Marco Bellocchio propose d’épouser le point de vue du jeune protagoniste, tout aussi désœuvré. Il nous bouscule dans les rues de Bologne, nous fait naviguer sur des eaux inquiétantes avant de nous révéler l’immense Rome. Le spectateur a de l’enfant non seulement les yeux mais aussi la taille : les décors de L’Enlèvement sont majestueux. Mais Bellocchio ne se limite pas à cette reconstruction classique imposante et picturale qui pourrait écraser ses personnages et son intrigue, sa mise en scène est vive, fluide. Le réalisateur de 83 ans filme un mouvement intérieur, viscéral qui explose : L’éventrement. Celui de la croyance, de la souveraineté, de la famille.
Entraîné par une bande originale des plus épiques, il navigue entre les thèmes, les lieux et les formes avec une efficacité dantesque, faisant de L’Enlèvement un film à l’impeccabilité vertigineuse. Comme ses personnages ou comme la nation qu’il décrit, son cinéma est en constante métamorphose. Dans cette fresque époustouflante, il met en scène le délitement familial et la chute des États Pontificaux ; la mort des ainés et la conquête de la jeunesse. Une leçon d’Histoire et de cinéma, grandiose.
L’Enlèvement / De Marco Bellochio / Avec Paolo Pierobon, Enea Sala, Leonardo Maltese / Italie / 2h15 / Festival de Cannes 2023 – Compétition officielle.
Une réflexion sur « L’Enlèvement »