Rendez-vous à Tokyo

Au cinéma le 26 juillet 2023

© Art House

Au Japon, le kuuki o yomu désigne l’injonction sociale à toujours s’accorder aux autres pour ne jamais se distinguer, synonyme d’impolitesse. Appel à la conformité pour les uns, exemple de cohésion sociale pour d’autres, Daigo Matsui met ce système à l’épreuve de la comédie romantique et présente, pour son second long-métrage, des êtres incapables de comprendre leur prochain malgré tous leurs efforts.

Le 26 juillet est l’anniversaire de Teruo (Sosuke Ikematsu), trentenaire tokyoïte qui après une blessure a dû mettre fin à une prometteuse carrière de danseur. Chauffeuse de taxi tout aussi solitaire, Yo (Sairi Itô) occupe ses nuits en conversant avec ses clients ou en participant à des rencards sans lendemain. Rendez-vous à Tokyo est avant tout un high concept : une histoire d’amour narrée à partir de la même date de différentes années et de façon antéchronologique. Nous remontons dans le passé des personnages, à chaque fois par bond d’un an, et assistons à la (dé)construction de leur amour tumultueux. L’originalité de la forme vient au prix d’une certaine lourdeur dans sa préparation alors qu’on nous présente le quotidien morne des personnages. Les prémisses de la comédie romantique se dessinent par leurs atours les plus évidents (deux paumés, des métiers peu gratifiants, une possibilité de rencontre) tandis que Teruo et Yu manquent de présence pour parfaitement convaincre.

Une fois la marche-à-rebours dans le passé enclenchée, le film dévoile tout son potentiel et son inventivité. Si l’on pouvait craindre une certaine forme de répétition en reprenant toujours la « même » journée, Daigo Matsui organise une série de rappels constants quant à l’évolution du quotidien de Teruo, de ses aspects les plus triviaux aux plus importants. L’engagement du spectateur se révèle avant tout ludique car le scénario récompense le spectateur de son attention et se dote d’une richesse surprenante. De plus, même si l’on connait la fin de l’histoire d’amour entre Teruo et Yo, le récit peint une relation amoureuse aussi sincère que simple, sans mélodrame primaire, parvenant à rendre poignant les événements les plus ordinaires comme les plus déchirants. 

Dans cette même perspective, Rendez-vous à Tokyo part de son couple central pour mieux explorer la mégapole et sa faune en mal d’amour. Malgré quelques plans touristiques attendus (la Tour de Tokyo ouvre paresseusement le film), le réalisateur scrute le labyrinthe nocturne des bars aux couleurs de bois, des izakayas mal éclairés et des love hôtel (pas si) confidentiels. Dans cette société de la périphérie se sont donnés rendez-vous les ivrognes, les faux-poètes trop sensibles, les clochards et les musiciens ratés parmi lesquelles Teruo et Yo, de par leur maladresse et leur mal-être, se révèlent incapables de communiquer avec ces gens qui pourtant les ressemblent cruellement. À la fois empathique et critique, l’œuvre magnifie ce microcosme et permet à chaque âme de s’exprimer dans un temps très réduit, souvent quelques minutes séparées par plusieurs années. Ode à la différence et à la folie du quotidien des paumés, l’œuvre jongle entre le divertissement efficace et la sensibilité d’auteur avec une maitrise remarquable.

Rendez-vous à Tokyo / de Daigo Mastui / avec Sosuke Ikematsu, Sairi Ito, Yumi Kawai / Japon / 1 h 55 / sortie le 26 juillet

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