
La lumière crue d’un gymnase tombe sur le terrain de basket en son centre. Les supporters sont groupés dans les gradins, organisés et uniformes d’un côté, disparates et un peu perdus de l’autre. Dix joueurs se font face : blanc contre rouge, réputation contre détermination, puissance contre chaos. C’est à un combat de titans que nous invite Takehiko Inoue, où chaque dribble, chaque passe et chaque lancé sont empreints d’un poids symbolique sur l’avenir et le mental des joueurs.
Adapté du manga et de l’anime du (presque) même nom, The First Slam Dunk ne vient pas offrir d’épilogue ou d’introduction à cet univers créé il y a déjà trente ans, mais se donne la tâche immense de recouvrir plus de trente tomes de manga en deux heures de film. Dans ce match de tournoi opposant le lycée spécialisé et détenteur du titre Sannoh aux underdogs Shohoku, les flashbacks sur les vies et les motivations des joueurs alternent avec les moments décisifs de l’affrontement, offrant un investissement progressif et de plus en plus prenant dans le résultat final. L’intrigue principale se concentre sur Ryôta Miyagi, le meneur de jeu de Shohoku ; petit et agile, il ne parvient pas à sortir de l’ombre de son grand frère, mort il y a bientôt dix ans. La narration de ce deuil, à travers la découverte de sa relation avec ce grand frère, de sa passion pour le basket, d’une vie marquée par la culpabilité d’être celui qui est resté, jamais à la hauteur de la légende de son frère, offre des moments d’émotion en contrepoint de ceux apportés par le match.
Car le génie de ce film est de réussir à balancer l’intensité haletante d’un match de basket avec la douce lenteur de la vie de Ryôta, sombre et mélancolique, prise dans ce deuil qui le pousse à s’isoler des autres et à chercher, inconsciemment, des façons de se blesser et de se détruire. Si le code du flashback venant interrompre un match sportif est un classique des animes de sport, ici The First Slam Dunk s’en empare pour le sublimer, jouant parfaitement des gammes d’émotions que chaque partie apporte à l’autre et des changements de rythme qu’elles supposent. Les notes de piano sont remplacées par une explosion rock, les images presque immobiles de falaises battues par les vagues et de grenouilles dans une rivière suivent la course déchaînée des sportifs autour du ballon. Chaque pièce de la narration vient bâtir intelligemment sur la précédente et construit une montée progressive en tension qui nous fait retenir notre souffle durant toute la seconde moitié du film.
Il n’y a pas alors besoin d’être fan de basket pour vivre avec les joueurs tous les enjeux de ce match. Le film nous emporte même si l’on ne connaît rien aux règles du jeu, et les mouvements de caméra, impossibles en live action, nous emmènent au plus près du ballon, des paniers, et des mains des protagonistes entre lesquelles sont concentrées tous leurs espoirs. L’animation en 3D, si elle détonne – et étonne – au début sur les fonds en 2D, est cependant extrêmement bien gérée et permet de retranscrire la physicalité des joueurs, la tension de leurs muscles, la fatigue qui les submerge petit à petit. L’animation n’est pas ici prétexte à des accomplissement sportifs inimaginables dans la vie réelle ; au contraire, elle reste au plus près de la réalité du sport, et s’attache à nous faire sentir le poids des corps, la difficulté de la course quand il ne reste plus aucune énergie à dépenser, la douleur des blessures et des muscles trop sollicités. Mais elle allie cela à des moments bien plus subjectifs, étirant le temps pour qu’il corresponde à celui de l’émotion, à un souffle retenu, à ces secondes élastiques précédant un lancer sur lequel tout repose.
Le ballon circule alors de main en main en des passes jouissives de fluidité, ou en des blocages venant d’un hors-champ qui surgit soudainement et change toute la dynamique du jeu. Les histoires défilent avec tout autant de facilité, le film nous présentant les cinq joueurs de Shohoku les uns après les autres tout du long des deux heures, revenant toujours à Ryôta, meneur aussi bien des passes que des histoires. Le traitement des personnages est bien sûr inégal, tous ne pouvant pas bénéficier du même temps d’exposition, et frustre autant qu’il donne envie de se plonger dans la centaine d’épisodes de l’anime pour tous les découvrir en profondeur. Mais malgré ce manque de temps qui empêche de s’investir à part égale dans chacun des personnages, Inoue nous fait respirer avec eux et ressortir aussi essoufflés et vidés émotionnellement que si nous avions réellement vécu le match. Il est impossible de ne pas ressentir la passion de ce réalisateur pour le basket et de ne pas la partager, même si ce n’est que pour deux heures. Il ne reste plus qu’à espérer que cette première exploration du médium cinématographique en annonce bien d’autres, tout aussi explosives.
The First Slam Dunk /de Takehiko Inoue / avec Shugo Nakamura, Katsuhisa Hôki, Tetsu Inada / Japon / 2 h 04 / Sortie le 26 juillet 2023
Une réflexion sur « The First Slam Dunk »