The Creator

Au cinéma le 27 septembre 2023

©20th Century Studios

En 2065, les Intelligences Artificielles peuplent le monde et sont au cœur d’une guerre entre les États-Unis, meurtris par une attaque nucléaire, et la Nouvelle-Asie, havre pour cette nouvelle population non-humaine. Les victimes sont nombreuses, parmi lesquelles la femme enceinte de l’américain Joshua Taylor (John David Washington) qui se retrouve embrigadé dans un commando d’élite pour infiltrer la Nouvelle-Asie et détruire une arme secrète. Fermement persuadé que les IA ne pourront jamais être humaines, Joshua découvre que la cible est Alphie (Madeleine Yuna Voyles), enfant-robot cherchant à retrouver sa mère.

Dans le ciel, un satellite largue des bombes à grand renfort de laser striant l’espace : sur terre, robots et humains sont capables de transférer leurs conscience et (surtout) se mutilent à grand renfort de fusils futuristes. Pas de doute, nous sommes bien dans le futur, et il est appréciable que l’œuvre exploite son univers avec plusieurs innovations glaçantes. Les corps et les esprits, numérisables, se percutent et perdent tout ancrage dans le réel, terreau fertile pour une dramatisation forte. Ainsi, le protagoniste croise plusieurs androïdes avec les traits de sa femme décédée car celle-ci avait cédé les droits de son visage. The Creator ne se prend pas au piège d’un visuel aseptisé envahi par la VFX : se déroulant souvent de nuit, la lumière découpe l’espace et les êtres pour mieux invoquer une sensorialité dépaysante.

Cependant, la méprise se dévoile : la science-fiction prend du retrait, supplantée par une histoire convenue de guerre et, pire encore, de film d’action poussiéreux. Les clichés y sont légions et l’œuvre se précipite pour tous les présenter, désespérée de retenir l’attention du spectateur. Entre humains et machines, on hésite à dire lesquels sont les plus artificiels tant tous paraissent intangibles. La relation centrale entre le militaire à cran et l’enfant innocent sonne creuse : la haine de Joshua pour les robots est vite surmontée tandis qu’Alphie accorde sa confiance avec une rapidité confondante, même alors que notre « héros » n’hésite pas à menacer et tuer des innocents devant ses yeux.

Le péché principal de The Creator demeure le traitement de ses deux thématiques centrales et reflets de l’actualité : la tension avec l’Orient et la crainte des intelligences artificielles. Si la majorité du film se déroule en Nouvelle-Asie, on serait bien en peine de caractériser cet espace, que cela soit sa culture, son gouvernement et même l’état de son armée, un comble pour un récit de guerre. L’œuvre refuse de trop définir son ennemi et en fait un melting-pot bouillonnant et incohérent. Du côté des IA, Gareth Edwards répond aussi par la facilité : à un haut niveau de perfectionnement, les machines deviennent des simples humains de métal, sans approfondir toutes les problématiques qui en découlent. Un discours sur la spiritualité de ces nouveaux êtres s’esquisse mais demeure brouillon car on en revient au schéma éculé d’une force militaire oppressive contre des minorités (ici robotiques) ne désirant que vivre en paix. S’il est réjouissant qu’un scénario original puisse trouver un financement aussi conséquent (80 millions de dollars), il s’avère que The Creator nous fait douter non pas de l’avenir de l’humanité mais de celui de la science-fiction américaine.

The Creator / de Gareth Edwards / avec John David Washington, Madeleine Yuna Voyles, Gemma Chan, Ralph Ineson / États-Unis / 2 h 13 / sortie le 27 septembre 2023

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