Dogman

Au cinéma le 27 septembre 2023

© Shanna Besson – LBP–EUROPACORP–TF1

« Partout où il y a un malheureux, Dieu envoie un chien ». Outre l’incongru d’imaginer Besson lecteur de Lamartine, ou d’un livre tout court, difficile de ne pas relever que, parmi toutes les grandes figures romantiques, il fallut qu’il cite le plus grave et plaintif en exergue de Dogman. Quelques mots empruntés et le ton est donné, aussitôt confirmé par une séquence d’ouverture suintant de poisse où tonne si pesamment un air factice de mystère sous une musique écrasante. Un début qui nous assure, malgré les désastres que furent Valérian et Anna, de l’attachement indéfectible du cinéaste à ses principes d’emphase et de pathos ad nauseam.

De nos deux malheureux, on ne sait qui l’est le plus. Le marginal Douglas (Caleb Laudry Jones), héros persécuté, dérangé magnifique – du moins qui tend péniblement à l’être – ou Luc Besson lui-même, tourmenté par la quasi faillite d’Europacorp et ses récents démêlés judiciaires. L’incessante complaisance du metteur en scène envers les agissements de son personnage, que les rares semblants d’objections morales portées par la psychiatre Evelyn (Jonica T. Gibbs), sorte de Clarice Starling version dégradée et incompétente, ne viennent jamais estomper, tant celle-ci paraît détachée des valeurs qu’elle défend, suffit à soutenir une telle identification du héros au réalisateur, que l’on se représente sans peine retranché dans la plus régressive misanthropie.

Pauvre Douglas ! Comment rester de marbre devant de tels sévices ! Molesté par un père monstrueusement terrible, et même terriblement monstrueusement, harcelé par un frère, lui aussi monstrueusement terrible, vous l’aurez compris, Douglas n’a que des chiens pour amis, qui lui obéissent, on ne sait vraiment comment – car pourquoi s’y attarder ? -, au doigt et à l’œil ! Des chiens qui, eux, « ne mentent pas quand ils parlent d’amour », et qui sont tellement plus gentils que leurs maîtres les humains, vraiment très méchants. Mais par-delà le sarcasme, saura-t-on extraire un enjeu critique de ce décalque poussif et embarrassant de Joker, Le Silence des agneaux et bien sûr du Dogman de Garrone, qui présentait aussi un anti-héros, pathétique et solitaire ? S’il en est, on en décèlera dans les influences américaines qui nourrissent, à la racine, le cinéma de Besson.

Un cinéma naïf qui appréhende le monde et les hommes au prisme des valeurs d’un enfant, et qui accomplit la curieuse prouesse de ne tirer du paradigme américain que le pire : la marotte de l’effet, le goût de la surenchère, et surtout, la distinction axiologique d’une violence illégitime et d’une autre, plus légitime. Là où Todd Philips frôlait la justification des crimes de son Joker par le fardeau de son pâtir, Dogman saute quatre pattes jointes dans la victimisation de Douglas – qui a d’ailleurs la vertu d’être queer – minimisant tous ses crimes, poussant le vice jusqu’à l’iconiser en justicier martyr. Ainsi, sur « La Grange » des ZZ Top, qu’on entend décidément trop peu, autant qu’Edith Piaf, Besson invite à la jubilation lors d’une séquence de poursuite funeste du frère aîné sadique, tout juste sorti de prison, par la meute de toutous meurtriers. C’est que lui demander un zeste de distance réflexive reviendrait à attendre d’un chien muet qu’il récite tout Shakespeare. Une image ô combien plus attrayante que ce pot-pourri navrant, entre fable super-héroïque et thriller à prétention psychologique, parsemé de références mal digérées par un cinéaste dont on espère vainement qu’il dépassera un jour l’âge mental des seize ans.

Dogman / de Luc Besson / Avec Caleb Landry Jones, Jojo T. Gibbs, Christopher Denham/ France, U.S.A / 1h54 / Sortie le 27 septembre 2023.

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