
Après un premier volet sans panache, Les Trois Mousquetaires de notre cardinal du cinéma Seydoux poursuivent leur course échevelée sur le sentier de la vacuité. Milady augurait pourtant une suite plus lugubre encore, plus lyrique, plus psychologique, digne de la seconde partie du roman, tragique et vénéneuse. À condition de croire un tant soit peu à l’entreprise, ce qui, devant le pauvre D’Artagnan, paraissait compromis. À condition, surtout, que le duo roublard de scénaristes eût saisi les fondements littéraires et l’épaisseur mélancolique de l’œuvre de Dumas.
C’était sans doute trop demander à un projet dont la facture sérielle ne permet ni ampleur dramatique, ni ambition esthétique. Résultat d’un Trois mousquetaires par les trois philistins, si peu confiants de la richesse du récit source qu’ils n’en retiennent que son arrière-plan, les guerres de religion entre catholiques et protestants, le tout agrémenté d’ajouts superflus en sous-intrigues hors propos et personnages inédits. Car une matière de neuf cents pages, ça ne suffisait pas. Il en ressort qu’on ne voit pas bien ce qui intéresse le trio chez Dumas, si ce n’est l’atout commercial. On trouvera donc dans Milady, sans une once de surprise, les mêmes travers que son aîné, tirés vers le pire, alors que l’attrait de la nouveauté désormais défloré ne peut plus rien sauver. Obnubilé par sa puissance spectaculaire, le film ne déviera jamais de sa trajectoire vaine et prétentieuse de machine à divertir, dénuée de substance et de charme.
L’argument Milady manque d’y changer quoi que ce soit, malgré l’habile sinuosité du jeu d’Eva Green, parfaitement à sa place sous cette énième coiffe de femme fatale, violentée dans un monde d’hommes fatals. Un regard qui, s’il a le mérite de dépoussiérer l’archétype, peine hélas à s’exprimer dans ce scénario corseté par sa lubie de l’attraction, réduisant in fine le personnage au statut de caution de fraîcheur, post Me Too compatible. Prétentieux, le film l’est d’autant plus que la promesse du spectacle, elle-même, n’apparaît pas tenue. Le choix systématique du plan-séquence pour les duels à l’épée creuse ainsi son tombeau : ne sachant pas où se mettre, la caméra échoue – pour le coup, spectaculairement – à traduire l’âpreté des luttes ou la grâce technique des mousquetaires, quoique manifestement absente des pataudes chorégraphies. On ne saura expliquer ici cette dévotion arbitraire et impensée pour le plan long, là où l’apport du montage aurait peut-être insufflé du rythme, du choc, en plus de soutenir, qui sait, des intentions moins racoleuses.
Racoleuse. Tel sera le mot d’ordre de cette trilogie – trilogie, vos yeux ne vous trompent pas – puisque non contents de leur adaptation ne sachant que raconter, où l’on chérit tant la langue de l’auteur qu’on fait dire à Tréville « du coup », seigneur Seydoux et ses trois mousses ont décidé de nous gratifier d’une nouvelle couche de vide pour prolonger le vide, que le spectateur, vaincu, s’épargnera cette fois d’aller subir en salles.
Les Trois Mousquetaires : Milady / de Martin Bourboulon / Avec François Civil, Vincent Cassel, Romain Duris, Pio Marmaï, Eva Green, Eric Ruf, Louis Garrel, Vicky Krieps / France / 1h55 / Sortie le 13 décembre 2023