Winter Break

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En cette toute fin d’année riche en films de Noël, sur les plates bandes de Disney (Wish – Asha et la bonne étoile), de Warner Bros et son manège gourmand Wonka ou encore du dernier né Shaun le mouton, luit la discrète musique de Winter Break, nouvelle comédie du non moins discret Alexander Payne, au parfum pas si coquet de nostalgie seventies.

Un logo Universal d’époque, et l’on entre au lycée prestigieux pour garçons Barton, année 1970. L’effet de matière pellicule, chaleureusement granuleuse, aussitôt nous enveloppe. Ce qui pouvait relever d’un maniérisme futile s’éprouve ainsi tout autrement. Aux airs d’un film de Nichols, Altman ou de Bogdanovich, Winter Break invite le spectateur à retrouver une esthétique et une dramaturgie connues, tout en distillant un brin d’inédit décapant, incarné dans son trio mal assorti de personnages cabossés par la vie, contraints à passer Noël ensemble.

Alors qu’approchent les fêtes, Paul Hunham (Paul Giamatti), un professeur d’histoire antique au physique plus qu’ingrat, amer et misanthrope, méprisé tant par ses élèves que ses collègues, est chargé de veiller sur les quelques jeunes infortunés privés de leur famille. Très vite, ne restent plus qu’Angus (Dominic Sessa), jeune écorché vif aussi brillant que turbulent, laissé par sa mère en transit avec son nouveau compagnon, et Mary (Da’vine Joy Randolph), la cuisinière de l’établissement, endeuillée par le décès de son jeune fils, abattu au Vietnam. Ces trois âmes esseulées, d’horizons opposés voire conflictuels, vont peu à peu se découvrir et bien sûr se comprendre.

Si elle paraît prévisible, la trame de Winter Break séduit par son ludisme implicite que tisse la connivence induite par l’émotion rétrospective à la source du projet. Sensible au geste du cinéaste, le spectateur se fond allègrement dans la comédie humaine, où la mélancolie frémit sous chaque instant de joie. Une comédie si « Nouvel Hollywood », dont Payne réitère finement la sensibilité, explorant les fêlures de ses personnages ordinaires, aux prises avec des forces écrasantes et corrompues : ici les injustices sociales ou la guerre du Vietnam.

Entraînant et suave comme un titre de Cat Stevens, l’œuvre touche, enfin, par son humilité et la foi fervente de son auteur en l’authenticité de ses protagonistes dont il fait le noyau de sa mise en scène sobre et tamisée. Alors qu’à Hollywood, film de Noël rime souvent avec avalanche de stars – Love actually, aussi produit en son temps par Universal – et de gros sous, Winter Break offre un écrin généreux de tendresse et de sincérité.

Winter Break / de Alexander Payne / Avec Paul Giamatti, Da’vine Joy Randolph, Dominic Sessa / U.S.A / 2h14min / Sortie le 13 décembre 2023.

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