Pendant ce temps sur Terre

Actuellement au cinéma

© Diaphana Distribution

Après J’ai perdu mon corps et plusieurs courts-métrages, le passage de l’animation au live-action laissait augurer d’une petite révolution au sein du système Jérémy Clapin. En suivant la quête d’une jeune femme cherchant à communiquer avec son frère cosmonaute disparu, Pendant ce temps sur Terre reprend pourtant à bien des égards le programme qui articulait déjà son aîné.

Le médium a changé, les visions surréalistes du premier s’incarnent désormais par une science-fiction terre-à-terre, qui lorgne vers l’horreur, mais le deuil s’impose toujours en ligne de mire. La déception ne tiendra alors pas vraiment dans cette récurrence, qui traduit plus des préoccupations de son auteur que d’un quelconque radotage, mais dans la reproduction – voir la multiplication – des écueils de son précédent film.

Pendant ce temps sur Terre a pourtant le bon goût de se présenter avec élégance, épurant sa dramaturgie et l’étoffant d’une forme classieuse. Riche de son passage par l’animation, le cinéaste semble conserver une croyance indéfectible en l’image et sa puissance évocatrice. En cela, les quelques scènes nocturnes de son premier acte témoignent d’un talent formel indéniable, clairement inspiré par le E.T. de Spielberg ou d’autres représentants d’un noble entertainment hollywoodien, capables de donner vie à un onirisme ingénu.

Mais à l’inverse de ses modèles, fruits d’un savant équilibre entre forme et fond, Pendant ce temps sur Terre s’étiole à mesure qu’il dévoile les poncifs derrière sa promesse initiale : d’un côté, un mélodrame accablant qui revisite l’absence par des enjeux désuets, et de l’autre, un ersatz de body-snatcher, relégué au rang de faible métaphore du deuil.

Noyée sous les nappes mélodiques de Dan Levy, charcutée par un montage qui se précipite tête baissée vers la conclusion, l’image simple et pudique des débuts peine dès lors à exister dans le temps et s’abandonne à tous les excès, non seulement pour dissimuler l’insuffisance narrative dans laquelle elle s’installe, mais aussi sa propre difficulté à jouer d’imaginaires déjà conquis, que plusieurs saillies gores ou une pincée de séquences animées ne sauraient renouveler. Du talent, Jérémy Clapin n’en manque donc pas, mais il est d’autant plus dommage de le voir perdu dans un film qui manque à ce point de matière et d’identité.

Pendant ce temps sur Terre / de Jérémy Clapin / Avec Megan Northam, Sofia Lesaffre, Dimitri Doré et Sébastien Pouderoux / France / 1h29 / Sortie le 03 juillet 2024.

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