Que Dios nos perdone

Festival Cinemed 2024

© Le Pacte

En 2013, Rodrigo Sorogoyen présente Stockholm en compétition à Cinemed. Onze ans et cinq longs métrages plus tard, le festival lui consacre une rétrospective. 

En 2016, alors que le genre du thriller fleurit en Espagne, Sorogoyen et sa co-scénariste Isabel Peña se lancent dans l’écriture de Que Dios nos perdone. Deux flics sont à la recherche d’un serial killer, dont les meurtres deviennent graduellement plus atroces. Sorogoyen, plus que la résolution d’une enquête, filme l’avénement d’une violence omniprésente. Le trio de personnages – deux flics et un tueur – évoque une sainte trinité de violence masculine. L’un la dirige vers sa mère, l’autre vers les femmes et le troisième vers les hommes. Mais tous possèdent une rage inhérente, qu’ils déploient dans des buts distincts. Et c’est finalement ces buts qui déterminent la légitimité (et légalité) des moyens employés.

Les personnages de Sorogoyen sont comme bousculés, malgré eux, hors de leur axe de gravité. Velarde tombe sur les carreaux mouillé, Alfaro s’effondre dans une piscine. Ces chutes récurrentes les font dévier de leur trajectoire et, par extension, d’une forme de droiture morale. Dans Que Dios nos perdone, Sorogoyen manie cette force invisible qui pousse ses protagonistes les un sur les autres. Subitement, la caméra et les personnages envahissent un espace qui n’est pas le leur. Leur corps est comme attiré irrésistiblement par un point de contact, avec les objets ou les êtres. Ces rappochements et éloignements soudains trouvent écho dans la parole des deux policiers : Alfaro parle sans réfléchir alors que Velarde bégaie. Jamais les mots ou les corps ne sont au bon endroit, au bon moment. On les reçoit sans les vouloir ou on les attend sans les avoir. 

Cette arythmie qui caractérise le film, lui permet de proposer un suspens presque insoutenable : les pics d’intensité surgissent aux moments les plus inattendus. Que Dios nos perdone est une œuvre intelligente d’un cinéaste déjà extrêmement exigeant. Une précision de mise en scène qui s’avère, paradoxalement, nécessaire pour parvenir à une représentation presque parfaite du chaos.

Que Dios nos perdone / De Rodrigo Sorogoyen / Avec Antonio De la Torre, Roberto Alamo, Javier Pereira, Luis Zahera et José Luis García Pérez / 2h05 / Espagne / 2016 / Festival Cinemed.

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Auteur : Chloé Caye

Rédactrice en chef : cayechlo@gmail.com ; 0630953176

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