Arras Film Festival

© Memento Films

Cette année, le Arras Film Festival propose une compétition de films européens éclectiques formellement bien que reliés par certains aspects thématiques. À l’Est de l’Europe où la menace russe grandit, les œuvres raconte la résistance. Les cinéastes filment le passé en espérant éclairer le futur.

Dans The New Year That Never Came, Bogdan Muresanu met en scène différents personnages à l’aube de la révolution de 1989 en Roumanie. De façon plus ou moins exposée, plus ou moins intime, les protagonistes se révoltent et attendent une forme de libération. Le récit choral de Muresanu se construit avec une fluidité impeccable. Arythmique dans sa fragmentation, l’histoire se déroule avec un aspect d’unicité. Un bruit de fond permet une transition d’un récit à un autre, le mouvement d’un protagoniste entraîne l’action d’un autre. Intelligent dans son écriture et efficace dans sa forme, The New Year That Never Came offre un crescendo filmique saisissant. Moins subtil, Radio Prague : Les ondes de la révolte raconte aussi les prémices d’une révolution, celle du Printemps de Prague. Le film de Jiri Madl se concentre sur l’importance de la radio dans la tourmente. Mais l’angle qu’il choisit, en plus d’être attendu et académique, ne s’avère pas des plus constructifs. On suit le parcours de Tomas, jeune technicien qui retourne sa veste constamment : travaillant pour les autorités puis pour les journalistes. Alors qu’on aimerait en savoir plus sur ces derniers, leurs méthodes de travail et leurs sources, Jiri Madl nous cantonne aux dilemmes moraux peu passionnants du jeune héros. Le film esquive son sujet, préférant alterner intime et politique plutôt qu’une approche frontale. Avec une mise en scène enrobée et colorée il raconte la révolution sans aucune forme de gravité. 

Une résistance, cette fois radicale et contemporaine, est de mise dans le film de Zhanna Ozirna. Dans Honeymoon, Olya et Taras viennent d’emménager dans leur nouvel appartement. Nous sommes en 2022 et la tranquillité du couple va être troublée par l’arrivée des soldats russes. Alors que les ennemis prennent contrôle de l’immeuble, le jeune couple tente de ne pas se faire remarquer. Zhanna Ozirna construit un huis-clos absolument terrifiant : sans savoir ce qu’il se passe à l’extérieur, les personnages entendent les bombes qui tombent sur Kiev. Ce travail sur le hors-champ permet à Honeymoon de jouer sur plusieurs registres : film de guerre, film d’horreur, survival movie… Alors qu’ils sont piégés, les corps commencent à se transformer. La réalisatrice filme le déclin des corps humain et la naissance du doute. Tout est remis question : quelle est notre raison d’être ? Qu’avons-nous accompli ? La guerre propulse les personnages dans un monde où l’avenir n’est pas garanti, le présent est la seule preuve de leur existence. Le temps, comme l’espace se resserre autour des deux protagoniste dans ce huis-clos haletant et parfaitement maitrisé. 

À Arras, il y a avait l’horreur de la guerre et l’enfer de l’administration. Dans Dwelling among the god et The Hunt for Meral Ö., deux femmes se battent contre l’administration de pays qui ne sont pas les leurs. Le premier d’entre eux, le film de Vuk Rsumovic peine à incarner la difficulté du sujet qu’il traite. Son personnage très opaque, peu avenant, et ses décisions impulsives rendent l’empathie peu présente. Le film se déroule sans vraie structure, ses rebondissements finissent par lasser. Très verbeux, il donne l’impression d’une reconstitution d’un roman : l’absence totale d’angle formel en fait un film qui ne parvient jamais à vraiment marquer les esprits. En revanche, The Hunt for Meral Ö. De Stijn Bouma propose une lecture très singulière, bien que naturaliste, de ce vertige institutionnel. Basé sur une histoire vraie, le film raconte le scandale qui agita les Pays-Bas lorsque le gouvernement réclama le remboursement d’allocations à plusieurs habitants immigrés. Le cinéaste joue sur les différentes formes de support (film, photo, écran, téléphone, vitre) pour montrer la déshumanisation du système. Meral cherche un contact direct, une réponse, mais les obstacles sont omniprésents. Le montage figure ces ruptures incessantes, cette impossibilité de face à face. La protagoniste se débat contre quelque chose d’invisible mais d’énorme.

Dans Gülizar, la jeune femme ne se bat plus contre quelque chose mais contre quelqu’un : contre son agresseur et contre son mari. La veille de son mariage, Gülizar se fait agresser sexuellement. Dépossédée de son corps par l’agresseur, la jeune femme va être dépossédée de sa colère par son mari. Ce dernier se l’approprie, délaisse Gülizar pour se venger, lui. Le film de Belkis Bayrak est imparfait. Il manque de souffle, d’élan. Le montage est tâtonnant. Mais la cinéaste possède un talent tout à fait indéniable : les plans sont construits, le cadrage pensé, les couleurs travaillées. Si le film dans sa totalité n’est pas aboutit, les images de Gülizar marquent et sont la promesse d’une réalisatrice à suivre.

Dans des registres plus différents Andrea Gets a Divorce et Marco : l’énigme d’une vie déçoivent. Le premier est trop bancal dans son propos et sa tonalité : les légères touches de burlesque ne parviennent pas à rattraper la pesanteur du drame. Marco connait un peu le mettre problème. Le film manque d’unité, d’une construction précise. Les mouvements de caméra ou coquetteries d’intertitres sont vaines. Et le film choisit le biais comique pour traiter un sujet dont la perversité et gravité sont presque inégalées. L’absence totale d’émotion de l’artice d’Andréa et le cabotinage excessif de l’interprete de Marco finissent de faire de ces deux films les maillons faibles d’une compétition européenne, autrement très ambitieuse. 

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Auteur : Chloé Caye

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