
Le 7 mai dernier, Parlement a fait son retour sur la plateforme france.tv, avec la diffusion de sa dernière saison. La série franco-germano-belge offre un final à la hauteur de ce qu’elle a été jusqu’à présent : une satire grinçante à l’acuité politique sans pareille.
Depuis ses débuts, la série tient un programme clair. Il s’agit de montrer les coulisses du joyeux bazar institutionnel que représente le parlement européen, et ce, en évitant deux écueils : tomber dans un portrait flagorneur de cette coalition, ou à l’inverse, en livrer une caricature cynique et gratuite. Le projet tenait de la gageure, mais le jeune réalisateur Noé Debré s’en est très bien sorti. Cela tient à la justesse du point de vue qu’il adopte : celui de Samy (interprété par le drolatique Xavier Lacaille), un assistant parlementaire qui débarque naïf et novice dans la saison 1, et qui se forme – souvent à ses dépens – aux stratégies politiques à l’œuvre dans l’enceinte du parlement. Aux côtés de ce Figaro des temps modernes, on découvre les innombrables acteurs du parlement (députés, lobbys, journalistes, sans oublier les petites mains qui œuvrent dans l’ombre et dont Samy fait évidemment partie). Tous en prennent pour leur grade à un moment ou un autre au fil des saisons, car derrière l’analyse des rouages du parlement européen, la série mène en fait une une réflexion critique sur l’hybris qui accompagne inévitablement toute forme de pouvoir.
La saison 4 amène cette réflexion à son terme en nous faisant intégrer une nouvelle instance de l’UE. Jusqu’à présent, l’ascension toute relative de Samy nous avait cantonnés au parlement européen et à la commission européenne, mais cette fois-ci, il se voit attribué un nouveau badge et c’est au conseil européen (l’instance qui rassemble les puissants) que nous accédons. Pour permettre aux spectateurs de comprendre quelque chose à cet imbroglio politique, Noé Debré utilise un dispositif malin, en inventant une sorte de Watergate européen. La dernière saison débute ainsi auprès des services secrets chinois, qui ont placé sur écoute les locaux des différentes instances européennes. Dans le premier épisode, on assiste au brief d’une nouvelle recrue, à qui l’on explique le fonctionnement du conseil : « des chefs d’Etats se réunissent à Bruxelles pendant 36 heures pour se mettre d’accord sur des sujets importants […] Ça discute, ça se cajole, ça se menace. […] La démocratie, c’est un système absurde. » Et c’est le point de départ d’une saison qui verra l’avenir de l’Europe entre les mains du bon vieux Samy tiraillé entre ses ambitions personnelles et sa foi dans le projet européen.
La série, et particulièrement cette dernière saison, s’assume comme une version wish de House of Cards où le ton burlesque domine. Noé Debré s’amuse (et nous amuse au passage) à parodier différents genres cinématographiques, du film d’espionnage au thriller politique en passant par le film d’horreur. Le comique s’invite aussi dans la manière de filmer les décors, qui comme le titre Parlement l’indiquait déjà, sont au cœur de la série. La mise en scène soigne particulièrement ces lieux pour en transcrire la dimension kafkaïenne : couloirs sinueux, ascenseurs innombrables, portes dérobées… L’humour absurde bat aussi son plein : il suffit d’entonner « L’Hymne à la joie » pour convaincre le président du parlement européen de prendre une décision contraire à ses ambitions personnelles.
Mais ce qui fait par dessus tout la réussite de ce final, c’est la myriade de comédiens qui s’agite dans les méandres du parlement bruxellois. Marque de fabrique de la série depuis ses débuts, son casting international absolument fantastique, dont on peut retenir pour cette dernière saison : Liz Kingsman (interprète de Rose, ex-assistante parlementaire britannique en reconversion depuis le Brexit), Elina Löwensohn (interprète de Carmen, membre fidèle de la Commission européenne) et William Nadylam (interprète d’Eamon, mentor de Samy) entre maints autres.
En faisant preuve d’une intelligence politique rare, Parlement rend un hommage subtil à l’institution européenne dans cette dernière saison. Loin de porter sur elle un regard utopique, la série met en scène un lieu toujours imparfait et bancal mais qui demeure un espace où différentes langues peuvent converser et cohabiter. En témoigne les capsules qui précèdent chaque épisode, où les comédiens, brisant le quatrième mur, invitent les spectateurs à regarder la série en version originale pour profiter de cette diversité linguistique.
Parlement, saison 4 / De Noé Debré / Avec Xavier Lacaille, Liz Kingsman, Georgia Scalliet, Elina Löwensohn, Martina Eitner, William Nadylam / Allemagne, Belgique, France / 8 épisodes / Disponible sur france.tv