Nos coups de cœur à Off-Courts

Off-Courts Trouville touche aujourd’hui à sa fin, après cinq jours de projections, atelier kino et autres activités festives. Le festival fait encore une fois la part belle au cinéma d’animation ; en témoignent nos trois coups de cœur au sein des programmes de la compétition française.

Dans Hurikan, Jan Saska manie une mise en scène peu communément appliquée à l’animation. Le graphisme très cartoonesque est mis en branle avec des zooms rapides, des ralentis ou encore des arrêts sur image. La cinéaste explore toutes les possibilités de mouvement de ses personnages et exploite sous tous les angles l’environnement dans lequel il se trouve. Hurikan est un film essentiellement punk, et pas seulement en raison du look de ses protagonistes. Le film ne suit aucune narration linéaire, aucune homogénéité de forme (si ce n’est la couleur, qui est absente). Le film se déroule selon son propres rythmes, ses propres principes ; nous propulsant dans ou dehors un univers filmique troublant. À partir d’enjeux dramatiques complètement anodins (notre protagoniste doit aller remplir un fût de bière), le cinéaste développe un récit éminemment prenant. Le postulat narratif n’est que prétexte aux pérégrinations du protagonistes dont l’intensité est sans cesse renouvelée par une mise en scène poignante, pour ne pas dire coup de poing.

Deux personnes âgées se tiennent debout, face caméra et face à leur iPhone. Comment enregistre-t-on une lettre de suicide de nos jours ? Sous forme de brève vidéo, bien sûr. Anne et Léon ont beau avoir l’âge qu’ils ont, ils sont à la page ; ou plutôt parlerons nous d’onglet désormais. Dans cette vidéo annonçant leur mort prochaine, le couple se remémore 50 ans d’amour. Vraiment ? En beauté de Rémi Mardini déroule alors son programme : lors de sa dernière nuit, le couple se prend inévitablement le choux. L’aspect quelque peu prévisible du dispositif n’enlève rien à l’effet jouissif de son exécution. Peut-être que ce qu’il y a de plus beau dans la vie ce sont ces engueulades futiles avec les gens qu’on aime, et les innombrables réconciliations qui s’en suivent.

Dieu est timide fonctionne comme un exercice de funambule. Il tient son spectateur constamment sur la ligne : entre réconfort et malaise. Au début du court métrage de Jocelyn Charles, la tonalité quotidienne de la conversation est interrompue brièvement pas des visions terrifiantes. Petit à petit, l’oralité perdra de sa normalité : les mots ne sortent plus normalement, la bouche des personnages se figent, le sang coule de leur narines. Le discours oral est ce qui condamne, les questions sont une porte d’entrée dans le règne du mental. A son animation tout en texture, Jocelyn Charles ajoute des couches, des tâches. Elle file un élément narratif et visuel : l’eau. Dieu est timide s’écoule facilement mais non sans effet sur le spectateur. Son cours est sinueux, imprévisible. On oublie souvent qu’horreur et animation font un excellent ménage ; Jocelyn Charles le sait et les visions cauchemardesques de Dieu est timide nous hanteront encore longtemps. 

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Auteur : Chloé Caye

Rédactrice en chef : cayechlo@gmail.com ; 0630953176

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