Orwell : 2 + 2 = 5

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NEON

« Orwellien. » 1984, le roman dystopique du britannique George Orwell, loué pour sa prescience, jouit d’une telle popularité que le nom de son auteur est entré dans le langage courant sous la forme d’un adjectif. Mobilisé à tout va par les politicien·nes, les éditorialistes et les journalistes, ce raccourci de pensée charrie avec lui la hantise du totalitarisme. Redouté par l’écrivain, qui écrivit son grand œuvre sur les cendres du nazisme, ce basculement autoritaire serait aujourd’hui largement actualisé dans notre monde. C’est en tout cas la thèse du cinéaste haïtien Raoul Peck, qui entrechoque les images du contemporain et la matière littéraire pour en recueillir les échos.

Orwell : 2 + 2 = 5 est construit sur un principe de juxtaposition : au journal des dernières semaines de la vie du romancier, lu en voix off par l’acteur anglais Damian Lewis, le réalisateur accole des extraits des différentes adaptations cinématographiques et télévisuelles de 1984, des images d’archives et d’actualité récente, et des portraits d’individus capturés dans les lieux emblématiques de l’existence d’Orwell. L’idée est évidemment de souligner l’acuité des intuitions politiques de ce dernier, qui se découvrit une sensibilité antifasciste en servant dans la police coloniale en Birmanie, à la lumière d’un présent anxiogène. Surveillance généralisée, précarisation des classes populaires, violences policières, règne sans partage des oligarques de la tech, guerres impérialistes et désinformation – Peck ne prend pas de pincettes pour brosser son époque. Segmenté en chapitres reprenant les slogans propagandistes du régime fictif d’Océania – « la guerre c’est la paix », « la liberté c’est l’esclavage », « l’ignorance c’est la force », etc – le long-métrage souffre vite d’un effet de ronronnement. La faute à la trop grande simplicité de ce dispositif qui repose sur cette seule idée d’un télescopage entre passé et présent, fiction et réalité.

Trop répétitif pour émouvoir, trop didactique pour surprendre, le film en reste au stade de rappel salutaire mais connu de tous·tes, et pêche par excès de prudence. Pris dans l’ombre d’Orwell, envers qui sa déférence est totale, Raoul Peck passe à côté de ce qui aurait dû être un grand film de montage, et accouche d’une œuvre se contentant de transposer sagement à l’écran une pensée déjà couchée sur le papier soixante-quinze ans auparavant, et déjà canonisée.

Orwell : 2 + 2 = 5 / de Raoul Peck / Avec Eric Ruf, Damian Lewis / 2h00 / U. S. A./ Sortie le 25 février 2026.

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