Les meilleurs films sur la télévision

Nicole Kidman dans Prête à tout de Gus van Sant. ©Elephant Classic Films

La télévision, pire ennemie du cinéma ? Quand elle inonde les foyers dans les années 1950, c’est en tout cas ce qui se dessine… Mais cette rivalité n’a pas fini d’être alimentée à l’heure où les salles sont fermées, et que la télévision occupe de plus en plus de place dans nos quotidiens. Pour se moquer de sa vacuité, comprendre ses conséquences et ses effets (souvent) pervers, le cinéma a cependant régulièrement imaginé des scénarios en la prenant pour cible, ainsi que tout le système de valeurs qu’elle suppose. Passage en revue de dix grands films consacrés au petit écran.

Network, de Sidney Lumet (1976)

Renvoyé par sa chaîne, un présentateur fait ses adieux aux téléspectateurs sous la forme d’un monologue révolté, et annonce qu’il se suicidera en direct lors de la prochaine émission. Il rencontre un succès inattendu ; les producteurs décident alors de faire de ses crises d’indignation un rendez-vous télévisuel quotidien. Lumet livre avec Network une satire comme on n’en fait plus, où les traits sont à peine forcés, et qui suscite plus de sourires crispés que d’éclats de rire. Ses thèmes en font un quasi documentaire : disparition de l’information au profit du sensationnel, obsession du profit, inscription des chaînes dans des groupes financiers informes et tentaculaires… Au casting, William Holden, Peter Finch, Robert Duvall et surtout Faye Dunaway en productrice douée mais impitoyablement ambitieuse, séduisante mais rapide à jouir… Une incarnation humaine de la télévision, riche en métaphores, qui semble détenir toutes les clés du film. – Ivan Leric

Meurtres en direct, de Richard Brooks (1982)

Dans un futur proche, l’émission Meurtres en direct propose à ses invités de jouer les meurtres qu’ils ont toujours rêvés de commettre… Emission qui ne sera montrée qu’en ouverture du film, dont le sujet est tout autre (mais symboliquement lié) : l’implication d’un reporter incarné par Sean Connery dans un conflit nucléaire imminent entre un pays du Moyen-Orient et les États-Unis. Si le film a parfois le défaut de prendre trop de directions différentes à la fois, il vaut le détour pour son traitement de la collusion entre les médias et la politique, de la façon dont l’intérêt général est soumis à celui de dirigeants avides de pouvoir, ou encore de la transformation du terrorisme en spectacle. – I. L.

La Valse des pantins, de Martin Scorsese (1983)

Hélas boudé largement par le public, la seule incursion de Scorsese dans la satire mérite les éloges. Bâti sur un contre-emploi judicieux (Robert de Niro en apprenti humoriste à la recherche de son quart d’heure de gloire face à Jerry Lewis en roi de l’entertainment télévisuel bougon), La Valse des Pantins autopsie les coulisses perverses du star system et remet en question le culte de la personnalité qui le constitue. Derrière le comique pince-sans-rire émerge une profonde tristesse existentielle et le film s’achève sur une ironie amère : en starifiant la figure marginale et dérangée de Rupert Pupkin, Scorsese donne à voir toute la vacuité d’une société où la notoriété l’emporte aisément sur la raison. – Alexis Roux

Robert de Niro, dans sa cinquième collaboration avec Martin Scorsese. © D.R. , Splendor films

Videodrome, de David Cronenberg (1983)

Difficile de déceler un seul sommet dans la filmographie de David Cronenberg, tant elle est riche et visionnaire, mais Videodrome en est sans conteste l’un des plus hauts. À travers l’histoire de Max Renn (James Woods), gérant d’une chaîne de télévision consacrée à des programmes violents et pornographiques, il propose une réflexion inépuisable sur la fascination pour l’image – il la questionne, mais la provoque en même temps. La radicalité du scénario annonce le principe du snuff movie et ses effets spéciaux sont suffisamment inventifs pour résister au temps. Ils offrent une mutation aussi marquante que celle de Jeff Goldblum dans La Mouche : le protagoniste fait corps avec la vidéo jusqu’à devenir un homme-cassette. Le cinéma organique de Cronenberg devait bien rencontrer la matière même de son art. – Victorien Daoût

Le Prix du danger, d’Yves Boisset (1983)

Dans une société dystopique, une émission de T.V. promet à ses candidats la fortune, à condition qu’ils échappent aux tueurs lancés à leurs trousses. Grand nom du polar français, Yves Boisset puise dans l’exagération d’une nouvelle de Robert Sheckley une véhémence critique jubilatoire. Dans un monde où le capitalisme est roi, l’humain devient un pion que l’on sacrifie pour le profit et l’ignominie se fait spectacle. Si la forme est datée, le fond n’a pas pris une ride et se révèle même prophétique, annonçant déjà les téléréalités les plus absurdes. La force brute de Lanvin et le sadisme tragédien de Piccoli font des merveilles. – A. R.

Quiz Show, de Robert Redford (1994)

Twenty One est une émission télévisée dans laquelle des candidats répondent à des questions de culture générale assez pointues. Pour fidéliser son audience, la chaîne fait en sorte qu’un candidat reste gagnant plusieurs semaines. Par quel moyen ? En lui donnant les réponses en avance… Et en l’obligeant à perdre au bout d’un moment pour éviter de lasser le public. Avec ce pitch formidable, Robert Redford réalise un film d’enquête journalistique dans la veine de ceux dans lesquels il se distingua en tant qu’acteur  au milieu des années 1970 (Les Hommes du président, Les Trois jours du Condor), et donne une vision de la justice avec autant de clairvoyance qu’un Sidney Lumet. Ce pamphlet contre la corruption des médias montre la télévision comme un espace de représentation où l’on apprend aux personnes à jouer des émotions pour tromper le public. L’envers du cinéma, donc, qui rétablit la vérité. – V. D.

Paul Scofield et Ralph Fiennes dans Quiz Show. © D.R., Buena Vista Pictures

Prête à tout, de Gus Van Sant (1995)

C’est l’histoire d’une présentatrice météo inconnue qui ambitionne d’être reporter, mais ne sera célèbre que pour avoir organisé le meurtre de son mari… Pour son premier film de commande, Gus Van Sant livre un long-métrage extrêmement malin dans son propos et son dispositif (avec des allures de faux documentaire). Si la success story de Suzanne Stone (parfaite Nicole Kidman) fait du surplace, le film au contraire avance pour faire le portrait d’une arriviste qui ne sait viser qu’un minable petit rêve américain. Le cynisme du film s’incarne dans la devise de l’héroïne : « On  n’est rien en Amérique si on ne passe pas à la télé. À la télé, on apprend qui on est. À quoi bon bien agir si personne ne nous regarde ? Être regardé, ça nous rend meilleur. » Ironie du sort, ce sont des caméras avides de faits divers qui la mettront sur le devant de la scène, alors que résonne l’hymne américain. On obtient la grandeur qu’on mérite. – V. D.

The Truman Show, de Peter Weir (1998)

The Truman Show est un travail singulier et auto-réflectif sur l’objet audiovisuel comme source de simulation ou de manipulation. Truman Burbank (Jim Carrey) est la vedette d’une émission télévisée sans le savoir. Le producteur, figure ici élevée au rang du divin, construit et ordonne son univers fictif jusqu’à ce qu’un jour son protagoniste se rende compte de ses limites. L’œuvre devenue culte se livre à une remise en question intemporelle des notions de libre-arbitre, de télé-réalité ou encore d’héroïsme. Le film de Peter Weir séduit par une mise en abîme astucieuse, le charisme de son interprète principal et une touche de poésie. – Chloé Caye

Jim Carrey dans The Truman Show. © Universal Pictures

Anchorman: The Legend of Ron Burgundy, d’Adam McKay (2004)

Première réalisation d’Adam McKay et véritable apogée du « Frat Pack » (le groupe d’acteurs réunissant entre autres Will Ferrell, Ben Stiller et Owen Wilson), Anchorman évolue à la croisée des chemins, entre la drôlerie potache et le comique absurde et inventif des frères Zucker. Will Ferrell excelle dans la peau de cet idiot magnifique qui ne vit que pour savourer chaque jour le reflet de sa propre image. Par son rythme très soutenu, son interprétation sans faille et ses sursauts gaguesques à la puérilité savoureuse, le film n’est pas non plus sans rappeler les grandes heures des Nuls (Chabat voue lui-même un culte aux films comique de McKay) et constitue, pour quiconque accepte de redevenir un ado facétieux, un vrai shoot de bonheur régressif. You stay classy, San Diego ! – A. R.

Night Call, de Dan Gilroy (2014)

Night Call s’intéresse à ces individus appelés « stringers » (des journalistes freelance), spécialisés dans les reportages pour les chaînes d’information en continu. Le réalisateur Dan Gilroy s’attaque au côté sombre de la télévision, plus précisément aux mécanismes malsains qui offrent à ces chaînes une place privilégiée dans nos foyers. À travers le quotidien d’un journaliste, il met en lumière le désir intarissable de macabre qui anime chaque spectateur. Cette peinture cruelle d’un secteur télévisé corrompu est portée par l’excellent Jake Gyllenhaal. Son personnage, dont l’allure rachitique ne peut qu’évoquer un vautour, rôde dans un Los Angeles inquiétant à la recherche d’images toujours plus insoutenables. – C. C.

Jake Gyllenhaal. © Paramount Pictures, Concorde Filmverleih GmbH

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