Rifkin’s Festival

Actuellement au cinéma

© The Media Pro Studio, Gravier Productions, Inc, and Wildside S.L.R.

C’est une petite musique. Un standard familier. Mélancolie d’un piano, danse alanguie d’une clarinette. Ce n’est pas un titre de jazz, juste le nouveau Woody Allen. Cinquantième variation d’un même thème dont les cinéphiles viennent chaque année se réj-ouïr au cinéma. Retardé par la pandémie, Rifkin’s Festival est enfin sorti. Et si la note est un peu fatiguée, elle ne manque pas de nous charmer.

On retrouve donc, comme à l’accoutumé, toutes les rengaines du maître : l’antihéros intello et névrosé, le couple qui bat de l’aile, les tentations de l’adultère, la crise existentielle, les citations philosophiques, littéraires et surtout filmiques, tout cela enrobé de mélodies jazziques. N’omettons pas la résurgence de l’Espagne, qu’Allen n’avait pas foulé depuis Vicky Christina Barcelona (2008). La romantique San-Sebastian, fantasmée bien sûr, comme le sont toutes les villes dans l’esprit du vieux Woody (et de ses personnages), offre un écrin parfait à cette nouvelle balade.

L’humour décapant, à froid, est aussi de la bande. Le trait est toujours affûté, offrant quelques pépites alleniennes, par exemple quand le personnage de Mort – appréciez le nom – explique que « Jésus n’aurait pas dû ressusciter à Pâques. En bon charpentier, il aurait dû choisir la fête du travail ». L’ironie mord toujours, en particulier quand le jeune cinéma et ses risibles prétentions servent de bouc émissaire.

Évidemment, Woody Allen n’a sûrement plus la vigueur d’autrefois. Cet énième chorus est notablement moins inspiré ; le rythme est moins bondissant et l’écriture plus prévisible. Mais l’auteur le sait et le réfléchit : Suis-je Mort ? demande-t-il à lui-même, ainsi qu’à nous, c’est le sens tacite de la dernière réplique. Tout dans Rifkin’s Festival apparaît sous le signe de l’essoufflement. Et quoi de mieux pour ce revigorer qu’une promenade rêvée dans les classiques du septième art ?

Welles, Fellini, Truffaut, Lellouch, Godard, Bergman et Buñuel sont croisés tour à tour dans les fugues oniriques de Mort/Woody. Sue, l’épouse de Mort, nous le rappelle : « les films sont des rêves sur celluloïd ». Et si les songes nous apprennent à mieux nous connaître, le cinéma aussi. Allen le murmure humblement, parvenant in fine à encore nous toucher.

Rifkin’s Festival / De Woody Allen / Avec Wallace Shawn, Elena Anaya, Gina Gershon, Louis Garrel, Christoph Waltz / USA / 1h32 / Sortie le 13 juillet 2022.

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