Love Life

Au cinéma le 14 juin 2023

© LOVE LIFE FILM PARTNERS & COMME DES CINEMAS

Être en couple, c’est tenter au présent de mêler deux passés pour bâtir un futur. Entreprise périlleuse, défi aux contingences du réel, vérité amère et puissante que Love Life dévoile délicatement au prisme du mélodrame. Un genre auquel Kôji Fukada donne un nouvel éclat, soudainement capable via ses artifices dramatiques de faire jaillir la complexité des êtres, d’en déployer les replis sans jamais trahir leurs mystères.

Taeko vit avec son mari Jiro et son fils Keita, issu d’une précédente union que ses beaux parents installés dans l’immeuble voisin ne voient pas d’un bon œil. Suite à un tragique accident, qu’on se gardera de divulgâcher selon les principes du genre, le noyau déjà fragile menace de se briser tandis que ressurgissent des fantômes cachés ou qu’on pensait oubliés. Car ce sont ces forces du passé, des vécus antérieurs, qui tissent le drame de Love Life. Un envahissement du présent que figurent des passages de tramways ou ce motif d’un disque suspendu, dont les réflexions traversent l’appartement, et qui rassemble les êtres autant qu’elle les menace de séparation : Jiro et son ex compagne, quittée brutalement pour Taeko ; Taeko et son ex époux Makoto, qui l’a abandonnée elle et son fils cinq ans plus tôt.

L’acuité du long métrage ne réside pas tant dans ce qu’il révèle politiquement de la cellule familiale japonaise, de ses mutations et des principes archaïques qui la régissent – ce que par exemple montrait déjà Still Walking (Kore-Eda, 2009) – mais plutôt dans ce qu’il dépeint de la famille, et du couple, comme espace nécessairement poreux, où les expériences se touchent et se heurtent. La mise en scène de Fukada exprime continûment, par une habile gestion de l’espace, des seuils et des jeux de focale, cette tension ontologique qui oscille sans cesse entre rapprochement et distance, compréhension et incompréhension, solitude et relation.

Taeko fait l’épreuve de ce vertigineux paradoxe de l’entrave des relations présentes par les relations passées, et dont la vie trouée de Makoto, ses fuites et ses zones d’ombres que le récit ne viendra jamais combler se font l’écho. Or comment franchir ces distances ? Fukada semble trouver la réponse non pas dans l’acte de surmonter (littéralement : passer par-dessus) mais plutôt d’embrasser. Et de regarder l’autre, seule condition pour saisir le caractère partagé de l’expérience du monde, et ainsi vivre mieux.

Love Life / de Kôji Fukada / Avec Fumino Kimura, Tomorowo Taguchi, Tetta Shimada / Japon / 2h04 / Sortie le 14 juin 2023

Une réflexion sur « Love Life »

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