Un métier sérieux

Au cinéma le 13 septembre 2023

© Le Pacte

Ils sont une petite dizaine attablés autour de leurs menus McDo, à échanger blagues, rires et disputes ; ou entassés à l’arrière d’une voiture trop petite pour les contenir, à raconter la même anecdote sur Francis Cabrel ; ou encore debout devant le bureau du proviseur, tassés sur eux-mêmes, maladroits et silencieux, et incapables de trouver les bons mots pour se faire entendre. Ce sont bien des professeurs et non des élèves que filme ici Thomas Lilti, livrés à eux-mêmes et se débattant pour comprendre un système qui semble avoir abandonné les petits comme les grands.

Après les couloirs de l’hôpital, Benjamin Barrois (Vincent Lacoste) arpente désormais ceux de l’école. Dès son premier jour en tant que professeur remplaçant, il se retrouve abandonné devant une porte de classe, face à une trentaine d’élèves dont l’énergie contenue ne demande qu’un geste maladroit pour déborder. Heureusement, une armada d’autres professeurs sont là pour l’aider, du doyen de français (François Cluzet) à la jeune prof de maths (Adèle Exarchopoulos), en passant par le prof d’anglais en apparence cool (William Lebghil) et la prof de physique-chimie aux lunettes sévères (Louise Bourgoin). De saynète en saynète, le film nous faut découvrir la vie de tous ces personnages, en une construction chorale qui ébauche les soucis de chacun sans forcément choisir de les approfondir.

Dès son titre, le film pose la question de ce que signifie le métier d’enseignant. Lors d’une scène d’introduction, Sandrine (Louise Bourgoin) conseille à une nouvelle arrivante (Lucie Zhang) de se couper les cheveux et de porter des lunettes pour se vieillir et imposer son autorité. La classe est en effet vue comme un corps étranger, menaçant, prêt à se rebeller et à faire basculer définitivement le pouvoir des professeurs sur les élèves. Lilti dessine ainsi habilement la somme des tâches attendues des enseignants : il ne s’agit pas que de transmettre un savoir à des élèves, mission déjà assez colossale en soi, mais également d’être suffisamment pédagogue et drôle pour retenir leur attention, sans toutefois miner son autorité, mais en demeurant tout de même proches d’eux, mais pas assez pour se permettre des remarques qui pourraient faire dégénérer une situation, et ainsi de suite. De scène en scène, les poids s’ajoutent sur les épaules des professeurs, sans qu’aucune aide ne soit apportée par l’administration. Bien au contraire, celle-ci se contente même de leur rajouter des responsabilités.

Les vies personnelles s’entremêlent alors avec le travail et les enfants sont souvent confondus avec des élève. Thomas Lilti tresse les fils de tous ces personnages, de leurs soucis, leurs angoisses, leurs familles, sans chercher nécessairement à les dénouer une fois la fin venue. Dans ce souci de réalisme, où la tranche de vie prime sur l’intrigue, certains raccourcis détonnent et surprennent – comme un voyage de classe auquel participe l’équipe enseignante à son grand complet, un conseil de discipline qui paraît expédié, ou l’absence de sanctions suite à une faute grave d’une enseignante. Le temps manque dans ce film qui a l’ambition de tracer les chemins d’autant de personnages mais qui ne peut même pas s’arrêter sur les élèves, desquels nous restons très loin tout du long. Il en demeure cependant un portrait tout en nuances du système éducatif et d’un métier qui, s’il n’est peut-être pas aussi sérieux qu’il en a l’air, demeure absolument indispensable – ce dont le gouvernement actuel ferait bien de se souvenir.

Un métier sérieux / De Thomas Lilti / Avec Vincent Lacoste, Adèle Exarchopoulos, François Cluzet, Louise Bourgoin / 1h41 / France / Au cinéma le 13 septembre 2023.

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