Green Border

Festival international du film de La Roche-sur-Yon 2023

© Condor Distribution

De Green Border on ne verra que la frontière mais pas la couleur. Agnieszka Holland nous amène dans une sorte de non lieu colorimétrique. Un champ de bataille actuel au sein duquel le noir et blanc rappelle les atrocités des guerres passées. Dans la forêt marécageuse qui abrite la frontière entre la Biélorrussie et la Pologne, le soleil a du mal a traverser l’épaisse couverture d’arbres. Récit sombre d’un endroit dangereux, de ceux qui y passent et de ceux qui y restent.

La démarche esthétique de Agnieszka Holland ancre Green Border dans le style documentaire même si les intrigues de cinéma ne manquent pas : de l’histoire d’une famille, aux combats des activistes en passant par la vie d’un garde-frontière. En mêlant approche réaliste et fictionnelle, la réalisatrice révèle à la fois la dureté extrême de certaines situations tout en révélant leur aspect aberrant : de telles horreurs ne peuvent exister que dans les films. Pourtant, l’horreur est bien réelle : dans la forêt, les personnages doivent survivre aux intempéries tout en évitant d’être attrapés par les gardes-frontières. Il faut être en mouvement, tout le temps. Les pieds meurtris n’ont jamais le temps de cicatriser.

Mais plus encore que le perpétuel mouvement, c’est sa nature répétitive, cyclique qui le rend encore plus cauchemardesque. Les migrants trouvés en Pologne sont renvoyés en Biélorussie où ils sont ensuite renvoyés en Pologne. Comme un châtiment divin, ce sont ces mêmes fils barbelés qu’il faut traverser, dans un sens, puis dans l’autre, vainement. Mais au fil de ces allers-retours, certains périssent, certains abandonnent et finalement parvenir à son but n’est plus une envie mais une libération. Car même dans la mort, cet incessant trajet tourmente encore : les gardes-frontières Polonais poussent discrètement les cadavres du côté biélorusse, et inversement. 

Green Border est d’une violence accablante, accaparante. En noir et blanc, les nuances de couleur de peaux sont gommées : Syriens, Afghans, Marocains ou Ukrainiens sont tous également délaissés par une Europe fantasmée. Agnieszka Holland met en scène une humanité mutilée si profondément que la plaie commence à pourrir, à la gagner toute entière. Aucun espoir de guérison pour cette Europe sanguinolente. Un immense film.

De Agnieszka Holland / Avec Jalal Altawil, Maja Ostaszewska, Tomasz Włosok, Behi Djanati Atai / 2h27 / Pologne / Festival international du film de La Roche-sur-Yon 2023 / Sortie le 7 février 2024.

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Auteur : Chloé Caye

Rédactrice en chef : cayechlo@gmail.com ; 0630953176

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