Universal Theory

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Dans Universal Theory («La théorie du tout»), Timm Kröger parvient à réaliser un film sur ce qu’il y a d’universel dans le cinéma : ces petits riens et ces grands tout qui ont fait ses beaux jours et qui garantissent ses succès à venir. Il y a effectivement en Universal Theory, un film noir exemplaire, qui rend hommage autant qu’il innove. 

Le film de Timm Kröger ne parle pas réellement de mathémathiques ou de physique. Bien que les quelques calculs qui nous sont donnés à voir soient cohérents avec l’époque de l’intrigue, ces deux domaines servent surtout de prétexte pour évoquer deux formes de beau qui peuvent leur être liées : l’étrange qu’on peut expliquer et l’étrange qu’on ne peut pas expliquer. Dans les montagnes enneigées – somptueusement photographiées dans un noir et blanc à l’éclat post expressionniste – il y a les lignes que l’on distingue, les raisonnements que l’on peut suivre, les futurs tout tracés et les filatures aisées. Mais il y a aussi les avalanches qui recouvrent les traces, qui créent de nouvelles courbes, qui dissimulent les passés troubles et qui font même disparaître des êtres tout entiers. Le jeune Johannes, en pleine rédaction de thèse, se voit confronté, lors d’un mystérieux congrès en Suisse au début des années 60, à ces morts suspectes et à une femme fatale irrésistible. Extrêmement bien construit, le film de Timm Kröger n’est pas sans rappeler les classiques Hitchockiens dans son efficacité implacable et son rythme effréné. Astucieux, il joue avec les apparitions visuelles pour mieux parler des fantômes de l’Allemagne. Mettant en scène des personnages et leurs doubles, que l’on souhaiterait ensevelis à jamais, et la difficulté de continuer à vivre dans un univers où la guerre fut une réalité. Rêves et souvenirs se mélangent avec fluidité mais sans pour autant que le dispositif filmique devienne invisible.

Car ce qui caractérise aussi Universal Theory est un goût prononcé et assumé pour la théâtralité et l’artificialité. Du début jusqu’à la fin, le cinéaste déploie son intrigue au son d’une musique orchestrale, faisant de Universal Theory, une œuvre quasi opératique. Non seulement il met ainsi en son cœur une sainte trinité conceptuelle : la science, la musique et la nature ; maniant les symétries ou irrégularités qui leur sont propres et donnant à son film une densité structurelle qui réclamerait d’autres visionnages pour mieux l’analyser. Mais tout ce que l’opéra peut avoir de grandiloquent se retrouve également dans l’œuvre de Timm Kröger qui, sans jamais tomber dans le ridicule, n’a pas peur de la démesure. Universal Theory est un film fait sans cynisme aucun, mais avec un amour manifeste de tout ce que le cinéma peut accomplir. Un film ébouriffant. 

Universal Theory / De Timm Kröger / Avec Jan Bülow, Olivia Ross, Hanns Zischler, Gottfried Breitfuß / 1h58 / Allemagne / Sortie le 21 février 2024.

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Auteur : Chloé Caye

Rédactrice en chef : cayechlo@gmail.com ; 0630953176

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