
Dans un futur plus ou moins proche, les États-Unis ne sont plus unis du tout. L’Amérique est divisée : le Président se terre à la Maison Blanche alors que différentes milices extrémistes combattent pour les pleins pouvoirs. Au sein de ce chaos, subsistent quelques personnes honnêtes et engagées : les journalistes. Ils sont peu nombreux mais tentent de rester neutres dans cette guerre, privilégiant les informations aux idées. S’ils s’affrontent c’est uniquement pour avoir la meilleure citation, le meilleur cliché. Le scoop ultime après lequel ils courent tous ce sont les derniers instants du Président, lorsqu’enfin les forces armées prendront d’assaut sa forteresse.
Le film d’Alex Garland déploie l’iconographie assez courante d’une Amérique désolée : les autoroutes saccagées et métropoles abandonnées. Inévitablement, Civil War évoque les séries américaines qui ont fait de ce trope visuel leur identité : comme The Walking Dead ou, plus récemment, The Last of Us. On retrouve également dans le film des lignes narratives typiques du genre post-apocalyptique car nos héros débrouillards doivent faire la route avec deux passagers moins dégourdis : une adolescente et un vieillard. S’il s’avère donc à première vue un peu programmatique dans son déroulé formel et narratif, le film d’Alex Garland parvient néanmoins assez magistralement à susciter l’intérêt, et à le garder. La profession des personnages permet au cinéaste de multiplier ses points de vue sur ces paysages dévastés, alternant photographie et cinéma – même s’il est amusant de constater qu’il réserve toujours le meilleur angle à sa caméra. Ce basculement de l’image en mouvement à l’image figée lui permet d’insuffler aux scènes de guérillas un rythme nouveau. L’appareil photo, comme le fusil, pointe et tire sur les autres. Le premier fixe le corps dans son cadre, le second fixe le corps à terre. On retient son souffle en attente du bruit du déclencheur et de la gachette.
L’ambition est à la fois la plus grande qualité et le pire défaut du film, qui a de paradoxal qu’il capitalise sur une mise en scène ultra-réaliste tout en se désintéressant de la réalité. La dystopie est prétexte à des images de cinéma monumentales mais évite soigneusement de parler du présent dont elle est censée s’inspirer. Pourtant, c’est sans doute cette instabilité permanente au cœur des enjeux dramatiques et esthétiques qui fait de Civil War une œuvre, bien qu’un peu vaine, redoutablement efficace et étonnamment captivante.
Civil War / D’Alex Garland / Avec Kristen Dunst, Wagner Moura, Cailee Spaeny / 1h49 / États-Unis / Sortie le 17 avril 2024.