The Bikeriders

Actuellement au cinéma

© Universal Pictures France

De La Prisonnière du Désert jusqu’au récent Fabelmans, la question de l’horizon semble avoir imprégné depuis longtemps un certain classicisme hollywoodien. Image de la liberté originelle, propice au Cinémascope et à toute expression formelle de la grandeur, elle a rapidement été adoptée comme motif régulier du western. Dans The Bikeriders, nouveau long-métrage de Jeff Nichols, le Far-West pourrait sembler encore proche, les motards ayant simplement remplacé les cowboys.

Pourtant, dès l’une des premières séquences, dans laquelle Benny (Austin Butler) attend sagement que la police vienne le cueillir, l’horizon n’existe plus qu’au milieu d’un petit champ désertique et d’un motard en panne, avant d’être obstrué par deux voitures lointaines. Si un mythe américain persiste, celui-ci semble avoir pris la poussière.

Malgré son sujet idéal pour livrer un rise-and-fall masculiniste et attendu, Nichols fait de The Bikeriders une discrète sortie de route. De l’héritage scorsesien d’un tel adage, le cinéaste américain prend d’emblée à revers en plaçant directement le regard non pas sur cette famille de motards mais sur la jeune Kathy (Jodie Comer), incarnant une porte d’entrée vers ce monde. La grande force du film réside alors non pas dans un point de vue exclusivement féminin, mais dans une savante alternance avec celui de Danny (Mike Faist), journaliste venu s’immerger dans ce club de motards, les Vandals. Dans cette distance documentaire assumée, The Bikeriders trouve une douce poésie, où la fuite spirituelle du motard demeure hors-champ et les décès sont narrés par la voix nonchalante de la femme au foyer.

À l’instar du récent The Irishman, la déception nourrit le récit. Militaires ratés, fils reniés ou pères de famille ennuyés : la beauté de ce monde va de pair avec son pathétisme et sa chute est d’autant plus cruelle qu’elle ne trouve jamais de raisons autres que le simple passage du temps ou un laisser-aller général. Motivés par rien et conspués par tous, les bikers filmés par Nichols ne sont plus des figures fictives à iconiser mais de vrais personnages enfantins, cachant fièrement leurs larmes et ayant un jour – comme tout petit garçon – rêvé d’être Marlon Brando.

De Jeff Nichols / Avec Austin Butler, Jodie Comer, Tom Hardy, Michael Shannon / Etats-Unis / 1h56 / Sortie le 19 juillet 2024.

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