Maxxxine

© Condor Films

Slow-burn satanique ou slasher façon Tobe Hooper (The House of the Devil, X), western eastwoodien (In a Valley of Violence), mélodrame sirkien perverti (Pearl) : à mesure que son œuvre se déploie, Ti West se perfectionne dans l’art du pastiche, pour des résultats plus ou moins heureux. De la figure meurtrière du Nightstalker tout droit sortie d’un giallo jusqu’au personnage éponyme campé par la magnétique Mia Goth, ici chaînon manquant entre Bree Daniels (Klute) et Thana (L’ange de la vengeance), Maxxxine s’inscrit d’emblée dans cette lignée, brassant divers pans du cinéma des années 70 et 80 d’un même geste.

À l’instar de son collègue britannique Edgar Wright et son récent Last Night in Soho, l’éventail référentiel déployé par West s’articule ici sur une forme critique de la nostalgie, teintée d’une ironie à la De Palma lorsqu’il s’agit de dépeindre l’industrie artistique. En dépit des grands discours d’Elizabeth Bender, la cinéaste incarnée par Elisabeth Denicki, le Hollywood des années 80 n’est déjà plus le terreau artistique longtemps idéalisé mais un empire en toc, dans lequel les gloires d’antan comme Psychose ou Buster Keaton sont réduites à l’état de décors creux ou de figurines corrompues. Même l’assurance de Maxxxine, autrefois affichée par ses « You’re a fucking movie star », s’étiole peu à peu, laissant place à un quasi-mutisme, comme la forme d’un renoncement inavoué et d’un spleen à peine voilé.

Cependant, malgré la juxtaposition des citations, genres et intrigues, West ne parvient jamais à atteindre la cohérence recherchée. Pire, en traitant le cinéma de genre comme un simple sujet théorique, le cinéaste annihile tout le plaisir régressif propre aux productions dont il entend s’inspirer, pour accoucher d’un objet pauvrement discursif, qui diffère finalement peu de l’elevated horror dans son embourgeoisement discret.

Le long-métrage a beau exhiber les jaquettes VHS comme autant de parents assumés, l’horreur s’y trouve réduite à peau de chagrin, à peine alimentée par quelques séquences de meurtre vaguement expédiées par un montage elliptique. Écraser les testicules d’un faux Buster Keaton comme manière d’asseoir la supériorité du cinéma bis est donc une chose, mais encore faudrait-il que Maxxxine soit autre chose qu’un énième cheval de Troie, pseudo film bis mais vraie arnaque suffisante.

Maxxxine De Ti West / Avec Mia Goth, Elizabeth Debicki, Lily Collins, Kevin Bacon / U.S.A / 1h43 / Sortie le 31 juillet 2024.

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