
Le premier long métrage de Johanna Pykkö plonge le spectateur dans un thriller psychologique dont les codes esthétiques comme narratifs sont bien assimilés, sans pour autant susciter de surprise quant au retournement final, somme toute prévisible.
Elba est une jeune fille de dix-huit ans au charme aussi discret qu’elle l’est elle-même. Elle s’efface dans sa profession qui relève de celles qui sont invisibilisées aux yeux de la société : elle est femme de ménage dans le port d’Oslo. Elle disparaît derrière son quotidien, où elle n’existe que seule, face à sa propre compagnie. Enfin, elle est rendue transparente dans son rapport au monde (donc à la caméra), traduit ici par la mise en scène. La première séquence la capte alors qu’elle nettoie un bureau d’entreprise, où ce qui se joue en arrière-plan attire le regard. C’est une fête, sûrement en lien avec l’un des employés, inondée d’une lumière ocre qui appelle à la convivialité, pleine de mouvements, d’embrassades et de rires. Elba est quant à elle saisie dans la pénombre, son chariot de produits d’entretien à ses côtés, dans la monotonie et l’ennui de son existence. Sa silhouette se confond d’ailleurs avec les reflets de la vitre qui sépare les deux pièces.
Elle n’est personne, jusqu’au jour où elle est chargée de surveiller et d’entretenir la grande maison bourgeoise de ses locataires, partis durant quelques jours. Alors, elle découvre le faste d‘une vie rêvée et fantasmée. La réalisatrice place d’emblée sa protagoniste dans la position d’une mythomane. L’ingéniosité plastique se lit dans le rapport au hors-champ et à la voix off. Depuis la fenêtre qui ouvre sur le balcon, Elba s’installe dans le rôle du voyeur, en même temps qu’elle prend part fictivement à la fête donnée par les voisins. L’image vient matérialiser ses interactions imaginaires, en les rendant visibles, et en brouillant les frontières entre ce qui naît de la tête d’Elba, et la réalité.
Les divagations d’Elba prennent une autre tournure lorsqu’elle rencontre un soir un jeune homme, qui a tout du prince charmant, blessé à la tête, sur les docks. Elle décide de le ramener dans la maison qu’elle dit à présent être celle de son oncle, en affirmant à l’inconnu qu’il est son petit ami. Le thriller naît de leur relation tortueuse, entre non-dits, jalousie, emprisonnement, cochant tous les attendus, jusqu’à l’épuisement de leur rapport, et la décision qu’il incombe de prendre suite aux révélations. Lesquelles sont parfois amenées de manière maladroite et trop appuyée (les zooms avant, les gros plans), comme si l’on pointait du doigt, pour mieux faire comprendre. En suivant la ligne directrice du mensonge, le film pose, en creux – et c’est à son honneur – la question de l’identité, que l’on fabule, que l’on rejette, que l’on réprime, et surtout que l’on choisit, qui évolue.
Mon parfait inconnu / De Johanna Pykkö / Avec Camilla Godo Krohn, Radoslav Vladimirov, Maya Amina Moustache Thuv / France, Norvège / 1h47 / Sortie le 24 juillet 2024.