À son image

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© Pyramide Distribution

En pleine discussion téléphonique avec sa mère, la jeune Antonia ne tarde pas à mettre fin à l’appel puis ferme les volets de sa chambre d’hôtel. D’un plan inaugural vraisemblablement anodin, À son image révèle déjà en catimini toutes ses obsessions. Le volet qui se referme ici opère autant comme mimétisme du procédé photographique que comme acte de mort annoncé. Pour ceux qui en doutaient encore, De Peretti rappelle d’emblée que son fin talent de metteur en scène trouve sa plus belle expression dans la discrétion de ses plans-séquence et de leurs évocations.

Relatant la vie d’une jeune photographe d’Ajaccio et de la lutte nationaliste corse en un peu moins de deux heures, le programme annoncé a pourtant de quoi effrayer par son ambition. Là où se déjoue le risque d’un tel projet, c’est précisément en délaissant la boulimie narrative pour assumer la construction elliptique d’un tel récit, qui se constitue plus de fragments que d’une évolution graduelle. Comme avec Enquête sur un scandale d’État, le cinéaste instaure donc une portée documentaire forte par la distance qu’il impose avec ses protagonistes, filmés majoritairement en plans larges, mais semble pourtant cette fois-ci plus guidé par leurs affects que par l’Histoire corse.

Le point de vue curieusement paradoxal – d’un film de personnages, finalement très éloigné de ces derniers – tient peut-être du rôle qu’incarne De Peretti devant la caméra : celui d’un Père, regardant avec amour et incompréhension la descente aux enfers d’une jeunesse perdue, à la fois dans ses amours et ses luttes.

Le regard est indéniablement pensé, parfois juste et touchant, mais déçoit quelque peu par cette mise à égal convenue entre intime et politique. À l’image d’Antonia, photographiant sans relâche son amant Pascal pendant ses appels téléphoniques avec d’autres militants, De Peretti manque parfois de faire vivre cette jeunesse autrement que comme des sujets photographiques, dont les idées prévalent moins que le regard posé sur eux. Le diaporama sépulcral qui lui sert de conclusion le confirme malheureusement, À son image perd dans sa joliesse la force politique qui animait les précédents essais du talentueux cinéaste.

De Thierry de Peretti / Avec Clara-Maria Laredo, Marc-Antonu Mozziconacci, Louis Starace, Barbara Sbraggia / France / 1h50 / Sortie le 4 septembre 2024.

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