Miroirs No. 3

Festival de Cannes 2025

© Les Films du Losange

À l’évolution standard du cinéaste installé — affirmant son style par effet de complexification ou de densification — Christian Petzold fait figure d’exception, tant sa filmographie semble viser progressivement son propre évidement. Nouvelle variation autour de Vertigo après Phoenix, sorti en 2014, Miroirs No. 3 permet précisément de constater l’horizon esthétique de l’auteur.

Sur la base d’un récit de deuil, il sera ici question d’une reconstruction : celle d’une personne, Laura, jeune pianiste rescapée d’un accident familial et recueillie par Betty, mais également celle d’une famille séparée par la mort, qui semble reconnaître en Laura une possible substitution à leur fille défunte. À l’inverse de son prédécesseur — savant jeu de masques et de champ-contrechamp — Miroirs No. 3 choisit de parasiter son programme hitchcockien en abolissant l’image clé de la fameuse femme disparue, perpétuellement évoquée mais jamais montrée. Curieux choix, donc, pour un film nommé autour de la notion de reflet, et qui s’évertue pourtant à détourner le jeu de miroirs attendu.

Le minimalisme d’un tel récit sciemment déceptif — se refusant à tout effet de manche et multipliant jusqu’à l’excès les non-dits — et d’une telle mise en scène — usage savant du plan fixe ou de simples panoramiques — ne doivent pour autant pas être confondus avec du simplisme. C’est précisément en épurant à l’extrême son programme que Miroirs No. 3 revient à la chair de ses situations : le trouble d’un échange de regards, qui pourrait être amoureux autant que fraternel ; la drôlerie d’un dîner “familial” ; ou l’émotion diffuse d’une session de piano, qui rappelle — peut-être — des moments vécus.

Ce “peut-être” caractérise in fine la sève de Miroirs no. 3, dans toutes les zones d’ombre et d’incertitude que le terme implique, comme, par extension, dans la liberté qu’il offre — à nous, spectateurs, d’interpréter, comme à eux, personnages, de (re)vivre.

Miroirs n°8 / de Christian Petzold / Avec Paula Beer, Barbara Auer, Matthias Brandt, Enno Trebs / 1h26 / Allemagne / Festival de Cannes 2025 – Quinzaine des Cinéastes.

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