28 ans plus tard

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Vingt-huit ans plus tard, tout a changé. Le monde a guéri de l’épidémie de rage qui transforme la population en zombies, à l’exception du Royaume-Uni, maintenu en quarantaine. Après les villes désertes aux prémices de la pandémie de 28 jours plus tard et les complexes militaires et banlieues grouillant d’infecté.e.s de sa suite, nous voici sur une île au large de l’Angleterre où s’est établi un village de survivant.e.s. Spike, douze ans, fait partie de cette communauté autarcique. Il vit avec son père, Jamie (Aaron Taylor-Johnson), et sa mère Isla (Jodie Comer), atteinte d’un mal inconnu qui la plonge dans des crises de démence.

C’est le grand jour. Spike doit s’aventurer pour la première fois au dehors de l’île en compagnie de son père. Armés d’arcs et de flèches, les voilà partis, en empruntant la route qui lie l’île à la terre, accessible seulement à marée basse. La mission, qui devait être routinière, ne l’est évidemment pas. Spike découvre les diverses évolutions du virus : certain.e.s infecté.e.s aux chairs pâles et boursouflées rampent sur le sol des forêts et se gavent de vers de terres. D’autres, les alphas, monstrueusement forts, rapides et imposants, font office de sorte de chefs de meute. En tentant d’échapper à l’un de ceux-ci, depuis le grenier d’une maison abandonnée, Spike aperçoit au loin un feu. Il apprend, de retour au village, que le brasier est entretenu par le Dr Kelson (Ralph Fiennes). Malgré les avertissements de son père, qui lui dit que le docteur est fou, Spike décide d’exfiltrer sa mère jusqu’au continent pour l’emmener voir le médecin, en espérant que celui-ci puisse la soigner.

Du retour de Danny Boyle et Alex Garland sur la saga, on pouvait espérer beaucoup. Le premier opus, en plus de faire preuve d’une grande inventivité formelle, développait un pamphlet antimilitariste doublé d’une réflexion sur la propension humaine à la violence, le tout à travers des personnages écrits et interprétés avec ce qu’on ne peut caractériser autrement que de l’amour. En l’absence de ses créateurs, le deuxième volet de la saga, simpliste sur tous les plans, souffrait amèrement de la comparaison. Malheureusement, 28 ans plus tard, bien que plus intéressant que le film précédent, laisse sur sa faim.

On y voit pourtant bourgeonner quelques sujets passionnants : au-dessus du village de Spike flotte la croix de Saint-Georges, drapeau de l’Angleterre et symbole des Croisés. Dans un des bâtiments communs trône un portrait photo d’Elizabeth II. On nous décrit une Angleterre nostalgique d’un impérialisme révolu, condamnée à l’extinction par le reste du monde dans une ironie dramatique et historique amusante. La belligérance n’a cependant pas disparu : les infecté.e.s tué.e.s par Spike et Jamie lors de leur première expédition ne menaçaient pas l’île, mais ils sont tout de même massacrés. Alors que Spike tremble et hésite à exécuter l’un d’eux, son père assène : « Le plus tu en tues, le plus facile ce sera. Ils n’ont pas d’âme ». L’antimilitarisme du premier opus – confirmé mollement par la rencontre avec un soldat suédois au milieu du film et par le poème Boots de Kipling déployé en fond sonore – se double peut-être d’une allusion à la déshumanisation des populations colonisées. Cela semble se confirmer lorsque Spike et Isla trouvent enfin le Dr Kelson. Celui-ci a érigé un immense monument aux mort.e.s constitué des ossements de toutes les victimes de l’épidémie, infecté.e.s ou non. Réhumanisation, donc ? Pas tant, puisque que les infecté.e.s n’en restent pas moins des menaces que l’on doit tenir à distance ou anesthésier avec des fléchettes dosées à la morphine si on ne les tue pas.

Au sein du film, deux types de masculinités s’opposent : celle de Jamie, rude, alcoolisée, libidineuse ; et celle du Dr Kelson, sophistiquée, scientifique, humaniste. Boyle et Garland manquent de nuance – et d’analyse de classe – dans leur critique du virilisme et de ma violence, et opposent une masculinité prolétaire condamnable au modèle infaillible d’une masculinité bourgeoise. L’équation globale se précise : la masculinité condamnable, c’est celle de Jamie, c’est celle des alphas – les prolétaires, les colonisés. La masculinité louable est bourgeoise, éduquée. On déplore également la caractérisation strictement maternelle du seul personnage féminin. Il est très probable que rien de cela ne soit intentionnel. Cependant, le constat est là : derrière ses velléités affichées de critique sociale – actualisées brillamment dans 28 jours plus tard -, 28 ans plus tard ne réfléchit pas beaucoup.

Au demeurant, tout n’est pas à jeter. On louera d’abord la beauté visuelle et les inventions formelles de Boyle – cette fois, caméra fixée au corps et plans filmés à l’iPhone 15 pro max. Mais surtout, Danny Boyle a vieilli et cela se voit. 28 jours plus tard, c’était la fétichisation du corps vif, jeune et svelte de Cillian Murphy. Dans 28 ans plus tard, c’est le corps malade d’Isla, celui massif mais parcheminé de Ralph Fiennes, jauni par l’iode dont il se badigeonne pour se protéger du virus. C’est aussi le désir de Jamie pour une autre femme quand la sienne se meurt, et les cadavres pourrissant des infecté.e.s. Mais surtout, ce sont les colonnes d’ossements du monument aux morts. Le Memento mori  répété par Kelson à Spike traverse l’œuvre du début à la fin et culmine dans sa plus belle scène. Spike n’est pas devenu adulte en tuant, mais en acceptant l’idée de la mort. C’est là que le film vibre, et pas dans les propos pseudo-politiques recyclés du premier. Espérons que les deux opus suivants laissent la nostalgie de côté pour se consacrer à un renouvellement bienvenu.

28 jours plus tard / Danny Boyle / Avec Aaron Taylor-Johnson, Jodie Comer, Ralph Fiennes / États-Unis, Royaume-Uni / 115 minutes / Sortie le 18 juin 2025.

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