Islands

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© Augenschein, Leonine Studios, Schiwago Film

Au tennis l’ace désigne un service gagnant : le serveur marque le point sans que l’adversaire n’ait touché la balle. Dans le nouveau film de Jan-Ole Gerster, ce n’est pas pour rien que Tom (interprété par Sam Riley) a pour surnom ce coup spectaculaire. Coach de tennis désabusé dans un complexe touristique des îles Canaries, on l’appelle Ace depuis qu’il a battu Rafael Nadal grâce à ses services exceptionnels lors d’un entraînement fortuit, alors que le Matador séjournait dans l’hôtel. Mais à l’orée du film, difficile de voir dans la loque étendue sur le sable et transpirant l’éthanol une légende officieuse du tennis. Lancer des balles à des enfants, donner la réplique à des tennismen du dimanche, ramasser les balles, se faire offrir un coup par des clients, finir en boîte. La boucle se répète chaque jour, jusqu’à l’arrivée d’Anne, Dave et leur fils Anton, une famille de touristes qui bouscule le quotidien sans horizon de Tom. Au fil des leçons de tennis qu’il prodigue à leur enfant, le coach se rapproche du couple, devient leur guide, et une tension s’installe entre lui et la jeune mère, comme s’ils s’étaient déjà rencontrés… Islands débute comme un film de vacances, mais il dérive vers la satire et le polar hitchcockien.

Les décors idylliques (plages de sable fin, déserts…), les couleurs chaudes et la musique estivale qui accompagne la plupart des séquences : tous ces éléments contribuent à créer l’atmosphère indolente d’un film d’été. Mais la carte postale se délite : Islands capture dans son cadre aussi bien l’insouciance des touristes que la vanité de leurs activités. Dans la veine de la palme d’or Sans Filtre ou de la série The White Lotus, le film livre une satire grinçante de l’élite bourgeoise, mais le projet ne s’arrête pas là.

Islands vire magistralement de la satire au polar au lendemain d’une nuit alcoolisée, au cours de laquelle Dave a disparu alors qu’il était sous la surveillance de Tom. Dans le film d’Hitchcock The Lady Vanishes, une femme disparaissait ; dans Islands, c’est le mari. Jan-Ole Gerster s’empare de cette disparition pour jouer avec les codes du polar et du film noir. On a d’abord l’impression de retrouver les protagonistes stéréotypiques de ce genre de films, avec le weak guy (Tom), la femme fatale (Anne, incarnée par la géniale Stacy Martin) ou encore le détective. Mais loin de réemployer grossièrement ces personnages galvaudés, il s’amuse à en modifier les contours. Qui est Anne ? Une bourgeoise qui s’ennuie et qui rêve d’évasion, ou bien une femme duplice comparable à la Rita Hayworth de La Dame de Shanghaï ? Le film joue sur une ligne de crête entre le trivial et l’extraordinaire, le comique et le dramatique. Il ne cesse de créer le trouble, quitte à ne jamais le dissiper, pour notre plus grand plaisir.

Imprévisible, Islands se déploie sur plusieurs sets : Jan-Ole Gerster construit grâce aux premières séquences un horizon d’attente chez les spectateurs, qu’il s’applique ensuite à déjouer de façon assez spectaculaire.

Islands / De Jan-Ole Gerster / Avec Sam Riley, Stacy Martin, Jack Farthing / Allemagne / 2h03 / Sortie le 2 juillet 2025

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