Downton Abbey : Le grand final

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Finir. Voilà la pierre d’achoppement sur laquelle trébuche un grand nombre de séries. Par définition, la série est conçue pour s’inscrire dans la durée, et sa longévité est souvent subordonnée à son succès : plus l’audience est grande, plus la durée de vie de la série augmente. En 2015, dans sa sixième et dernière saison, Downton Abbey mettait un premier point final aux histoires de la famille Crawley et de ses domestiques. Mais depuis, la série britannique, qui a progressivement gagné ses lettres de noblesse outre-Atlantique, n’en finit pas de finir. Victime de son succès, elle a commencé à ressusciter au cinéma, dans un premier film pâlot (Downton Abbey, 2019) puis dans un deuxième opus plus convaincant (Downton Abbey 2 : Une nouvelle ère, 2022), où la merveilleuse Maggie Smith nous faisait ses adieux. Il y avait de quoi être sceptique à l’annonce d’un énième volet au titre quelque peu présomptueux, Downton Abbey : Le grand final. Fan service ou réel au revoir ? Il semble que Julian Fellowes, le créateur et producteur de la série, soit devenu raisonnable, en laissant enfin tranquille sa poule aux œufs d’or. La série Downton Abbey tire donc joliment sa révérence, sans avoir été trop élimée.

1930. Les Crawley déplorent encore la disparition de Lady Violet (Maggie Smith), dans un monde en mutation qui bouscule les certitudes upstairs et downstairs. Le contexte économique est aussi loin d’être positif pour la famille, puisqu’elle subit indirectement les conséquences du Krach boursier de Wall Street. Le patrimoine immobilier est en péril : il faut sauver l’abbey. Déjà, dans le précédent film, la famille avait dû se résoudre à accueillir un tournage pour réparer la toiture de la gigantesque bâtisse, signe précurseur de la fin d’un âge d’or aristocratique. Cette fois-ci, il faut se résoudre à se séparer d’une propriété « secondaire » pour sauvegarder le décor principal de la série qui abrite depuis quinze ans, six saisons et trois films les déboires de toute la maisonnée.

On reconnaît bien ici la patte conservatrice de Julian Fellowes, qui continue à dépeindre avec idéalisme (et non sans quelques niaiseries, il faut en convenir) le mode de vie des aristocrates dans les premières décennies du XXe siècle. Mais la réussite du film, et plus largement de la série, tient à sa manière de jongler entre admiration passéiste et conscience critique. Downton Abbey est une série dialectique. Certes, la mise en scène léchée, les décors, les costumes et la bande originale construisent une image utopique de la noblesse britannique, parfaite à fantasmer depuis notre canapé, mais la série adopte toujours un point de vue critique sur le microcosme qu’elle donne à voir, en accordant autant d’importance aux vies des aristocrates et des domestiques. Ni révolutionnaire ni réactionnaire, Downton Abbey se caractérise par une tiédeur politique toute britannique, qu’elle semble toutefois abandonner dans ce dernier volet.

« Un grand final » : si la promesse du titre est tenue, c’est parce qu’il ne s’agit pas de jouer la montre avec l’équivalent d’un « Christmas special » comme on en trouvait à la fin de chaque saison. Il est justifié d’isoler cette fin du flux des épisodes puisqu’elle confirme plus que jamais l’horizon paradoxalement démocratique et progressiste de la série. En effet, bien qu’il y soit essentiellement question d’aristocrates, Downton Abbey n’a cessé d’approfondir et de renforcer les liens entre les protagonistes du haut et du bas au fil des saisons. Il en va ainsi des relations entre le Comte (Hugh Bonneville) et son valet (Brendan Coyle) ou entre Lady Mary (Michelle Dockery) et sa femme de chambre (Joanne Froggatt) pour donner deux exemples élémentaires. Le troisième film porte cela plus loin, en effaçant les liens de subordination par différents moyens comme l’invitation d’un ancien domestique à la table de la famille ou comme le départ à la retraite du majordome et de la cuisinière. S’ajoutent à cela les différents transfuges de classe de la série qui incarnent la disparition d’un monde et l’apparition de la nouvelle ère promise dans le deuxième film. Cette transition vers un monde nouveau s’illustre enfin dans la place désormais offerte à Lady Mary Crawley par son père. Comme le montre avec douceur et malice la chanson « Poor Little Rich Girl » reprise dans l’une des plus belles séquences du film, Mary ne se réduit pas à être une nepo baby des années 1930s, elle se voit au contraire dotée d’une réelle agentivité, notamment dans ce dernier film, où elle fait face à un divorce et à l’opprobre qui l’accompagne. Le parcours de l’aînée de la fratrie est ainsi mimétique de celui de la série : au départ corsetée dans des traditions poussiéreuses et souvent impensées, elle s’en émancipe dans cet ultime volet.

Downton Abbey : Le grand final / De Simon Curtis / Avec Michelle Dockery, Hugh Bonneville, Elizabeth McGovern, Laura Carmichael, Jim Carter, Joanne Froggatt, Brendan Coyle, Paul Giamatti, Dominic West / Royaume-Uni, Etats-Unis / 2h04 / Sortie le 10 septembre 2025.

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