Nino dans la nuit

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J’ai pas besoin de prier le ciel pour savoir que nous ça ira, j’ai besoin de prier pour tout le reste. Alors quand mes paupières se ferment plusieurs fois sous ta main, j’adresse aux astres une lettre qui dicte l’alignement souhaité pour tous les jours qui viennent. Monnaie, monnaie, monnaie. Avant de sombrer dans un monde où tout est possible, et qui demain encore fera le réveil triste.  – Capucine Azaviele et Simon Johannin, Nino dans la nuit, 2019, éd. Allia

L’amour permet d’adoucir la vie des plus démunis dans la capitale. Si Paris est l’incarnation d’un romantisme bohème, y habiter relève parfois d’une bataille quotidienne.

Paradis sale 

Nino dans la nuit est un roman écrit par Capucine et Simon Johannin (2019). On y suit le quotidien de Nino et de sa copine Lale. Vingt ans, des études abandonnées et un appartement squatté dans un immeuble délabré de la banlieue parisienne. Tel est le décor de leur vie constituée de jobs précaires et de soirées médicamentées. L’écriture se calque sur une oralité crue pour mieux crier la cynique réalité des laissés-pour-compte. Ce récit à la première personne sert de base solide au scénario du film. On ressent la volonté du réalisateur de transposer la poésie amère de l’ouvrage au grand écran. La voix-off de Nino vient se substituer à la narration interne du roman. Les répliques cinglantes sont soutenues par les yeux vides et insolents d’Oscar Louis Högström, incarnant une persona du bad boy torturé, qu’on croirait sorti d’un Gaspar Noé mal imité. La caricature a parfois du charme mais l’effet finit par verser dans le ridicule. Nino devient un poète maudit, personnage archétype de toutes les fictions juvéniles qui prennent le contrepied de l’eau de rose. 

À l’occasion de la sortie du roman en 2019, le groupe CONTREFAÇON avait enregistré un clip avec les auteurs : fidèle au genre du clip musical, la fête devenait cet échappatoire excessif et jouissif. On retrouve cette esthétique dans le film de Laurent Micheli : les sursauts de musique techno suivent une image saturée de néons, lors des dérives régulières au fond de nuits vaporeuses. Ces scènes surviennent parfois comme les symptômes des films parisiano-typiques aux longues séquences d’expérimentation nocturnes, mais Nino dans la nuit ne s’attarde pas sur celles-ci et s’intéresse sincèrement aux marginalités d’une capitale excluante. Dans un quotidien façonné par la débrouillardise et les plans bourbiers, les liens sincères et la profonde solidarité entre les personnages rendent l’intrigue prenante et émouvante. 

Le film présente une vision non édulcorée de la vie parisienne. La capitale n’est plus un beau décor réservé aux débâcles d’une jeunesse insouciante, mais bien un espace hostile et impitoyable pour les plus désavantagés : les petits boulots s’enchaînent aussi vite que les galères, les fenêtres donnent sur les rails de RER et les tours d’HLM. Loin de sa représentation traditionnelle, Paris est violentée dans sa fonction d’idole. On ne passe sur les quais de Seine que pour croiser les regroupements des livreurs Deliveroo en fin de service. Laurent Micheli revendique la portée sociale de son film : le pote infirmier rappelle que son établissement est en plein craquage, les camps de migrants sont violemment repoussés et sous les roues des poids lourds les innocents meurent. Exclues des jours tranquilles, les marges ne vivent que la nuit. 

Nino dans la nuit est un film trop facile à détester. Beaucoup de répliques sont très prévisibles, souvent exaspérantes, et l’œuvre de Laurent Micheli n’égale pas celle de Capucine Azaviele et Simon Johannin. On ne peut cependant pas enlever au film le grand mérite de représenter quelque chose qu’on voit encore trop peu au cinéma : une jeunesse parisienne et précaire, alors que le réflexe de l’industrie semble être de ne vouloir montrer que la beauté de cette ville et de cet âge, pour à tout prix les associer. 

Nino dans la nuit / De Laurent Micheli / Avec Bilal Hassani, Théo Augier, Mara Taquin et Oscar Louis Högström / 1h57 / France / Sortie le 4 mars 2026.

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