Under the Silver Lake

Au cinéma le 8 août 2018

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Andrew Garfield (Sam) © Le Pacte

POUR

Le film de David Robert Mitchell, nommé pour six prix à Cannes, était l’un des plus attendus de la rentrée. Il raconte l’histoire de Sam, un jeune homme qui vit seul, sans emploi, à Los Angeles. Lorsque sa voisine Sarah disparaît mystérieusement, ce dernier se lance aussitôt à sa recherche. Under the Silver Lake est à la fois un film sur un jeune homme désillusionné et un film noir palpitant, qui met en scène un jeu de piste à travers la cité des anges.

L’œuvre doit dans un premier temps beaucoup à son acteur principal Andrew Garfield, qui semble réellement porter le film sur ses épaules. L’interprète britannique, qui dresse le portrait très juste d’un personnage aussi bien attachant qu’inquiétant, livre une performance à couper le souffle. La ville de Los Angeles devient, elle aussi, un personnage à part entière et le réalisateur nous en fait découvrir les différentes facettes. Hollywood est le décors rêvé pour ce personnage qui va au fur et à mesure se créer son propre film. L’oeuvre est visuellement haute en couleurs et dotée d’images d’une grande beauté. C’est au directeur de la photographie Mike Gioulakis que l’on doit ce travail remarquable. Parfois pastels et douces ou fortes et scintillantes, les couleurs du film reflètent bien cette ville un peu nostalgique pourtant d’une modernité effrénée. C’est un peu aussi l’état d’esprit dans lequel le personnage se trouve, un conflit constant entre ses idoles d’un temps révolu et sa tentative d’appartenir au monde qui l’entoure. Cette confrontation entre passé et modernité est aussi très présente dans la réalisation du cinéaste, marquée de nombreuses références visuelles, notamment à Lynch et Hitchcock. A travers la génération représentée par son personnage principal, il confronte l’age de la pop culture à l’age d’or Hollywoodien.

Il joue donc sur les contrastes et s’amuse avec la rationalité du spectateur. Under the Silver Lake est un film à ambiance, que le cinéaste s’applique à mettre doucement en place. Comme une experience, il essaye de voir jusqu’où il peut attirer le spectateur dans cette atmosphère au bord de la rêverie. Le film est structuré sous la forme d’une enquête mais ponctué de moments et d’apparitions fantasques. Le cinéaste américain reprend ainsi ces codes du film noir classique mais les détourne pour créer un effet comique. Il filme avec un certain détachement et laisse le spectateur se perdre parmi les interprétations possibles. Il nous montre, en effet, l’histoire vécue par un personnage obsessionnel et délirant sans jamais nous donner d’indice sur ce qui est réel ou ne l’est pas. Ce qui fait sa force c’est que le film assume entièrement sa part d’absurdité et ne s’arrête jamais en chemin pour rassurer le spectateur. Il faut donc parfois s’accrocher, ou au contraire, complètement décrocher pour parvenir à suivre ce carnaval délirant.

Difficile, donc, de ne pas être captivé par cette œuvre presque hypnotisante, filmée avec un enjouement singulier. Under the Silver Lake est une ballade vertigineuse et sarcastique qui vaut le détour.

– Chloé Caye

CONTRE

Il n’a pas fallu attendre très longtemps avant qu’Under the Silver Lake ne soit estampillé « film culte de toute une génération », appréciation hâtive qui inquiète et laisse perplexe. Le propos est le suivant : à travers l’enquête et les déconvenues de Sam, trentenaire sans emploi qui se met à la recherche de sa voisine soudainement disparue, David Robert Mitchell entend explorer l’imagerie à laquelle renvoie la ville de Los Angeles en même temps que le trop plein de références et d’images auxquelles nous sommes confrontés, dans notre société contemporaine baignée de pop culture.

Beau projet de cinéaste-cinéphile que de convoquer les genres du thriller et du film à énigme lynchéen pour questionner ce berceau du mythe hollywoodien. Pourtant, le film, censé sonder les entrailles d’une cité fascinante, se contente de fantasmer son projet. Faire accepter la non résolution des énigmes est une chose, mais comment captiver le spectateur qui en convient dès la première demi-heure? La vaine quête de sens dans laquelle se lance le héros, qui rencontre des adeptes de la théorie du complot et cherche à décrypter des messages codés dans les paquets de céréales, accumule les mystères et finit, inéluctablement, par ne plus rien dire. Le plaisir même du spectateur, qu’entretenaient quelques trouvailles de mises en scène et l’invocation des figures légendaires de Los Angeles, finit par se diluer devant ce spectacle indigeste de 2h20, tape à l’oeil, qui accumule les références sans les faire entrer en résonance.

– Victorien Daoût

Under The Silver Lake / De David Robert Mitchell / Avec Andrew Garfield, Topher Grace, Riley Keough, Callie Hernandez / Etats-Unis / 2h19 / Sortie le 8 août 2018.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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