The Inheritance

Noël Coward Theatre / Ethel Barrymore Theatre

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© Marc Brenner

« One may as well begin with Helen’s letters to her sister », un jeune homme relit en boucle la première phrase d’Howard’s End, son roman préféré. Ils sont dix et ils essayent d’en écrire un à leur tour, assis autour d’un rectangle surélevé – une scène dans la scène, sur laquelle ils hésitent à monter. Son auteur E.M Forster vient alors leur rendre visite afin de les aider à se lancer. Enfin, ils s’y aventurent : « One may as well begin with Toby’s voicemails to his boyfriend ». L’intrigue débute, qui est Toby ? Que disent ces messages ? Pendant sept heures (réparties en deux parties), les jeunes hommes incarnent ces personnages, improvisant leurs vies – le sujet de leur roman.

Cette mise en abîme permet à la pièce de toucher au sujet de l’écriture mais aussi de nous plonger directement dans une intrigue intimiste. Cette dernière nous absorbe complètement et l’on oublie volontiers le premier niveau de narration. L’histoire de Toby et son compagnon Eric est à première vue ordinaire : Nous suivons leur vie commune et leur parcours respectifs après leur rupture. Le thème premier de l’oeuvre, soit l’héritage des nouvelles générations d’hommes gays américains, pouvait sembler trop large et difficile à traiter sans tomber soit dans le mélodrame ou dans le militantisme pur. Pourtant Matthew Lopez évite ces deux extrêmes en nous livrant des réflexions sur un nombre important de questions en les liant au ressenti personnel de ses personnages. Cette mise en rapport constante entre l’universel et l’intime permet aux spectateurs de se sentir concernés par des sujets qui dépassent en réalité ceux propres à la communauté gay. Comment des jeunes hommes peuvent- ils accepter leur identité lorsqu’une maladie les a privé de toute une génération d’hommes qui aurait pu les guider ? Comment combler ce manque ? Que transmettre aux générations qui vont suivre ? Telles sont les questions qui sont soulevées par les histoires sentimentales et amicales de Toby Darling, Eric Glass et leurs proches. Divers tranches dâge et milieux sociaux sont représentés et mis en confrontation. Chaque spectateur est libre de porter son attention sur les débats politiques, idéologiques et sociologiques que l’oeuvre ouvre ou sur les histoires d’amour qu’elle invente. Les sept heures de pièce permettent à l’auteur de réellement mettre en place une progression pour chaque personnage. Ainsi, si ces heures passent très rapidement, c’est plusieurs années que l’on a l’impression d’avoir passé avec les personnages. Le sentiment d’appartenir au groupe d’amis et de connaitre les personnages principaux intimement ne quitte pas le spectateur à sa sortie du théâtre. Les acteurs livrent quant à eux des performances absolument magistrales. Kyle Soller est touchant d’honnêteté, Andrew Burnap est hilarant et Samuel H. Levine interprète deux personnages avec une aisance et une grâce déconcertantes – ils sont à la fin de la pièce rejoins par Vanessa Redgrave, toujours aussi épatante.

La mise en scène minimaliste et minutieuse de Stephen Daldry souligne l’aspect épuré mais efficace de la pièce. Elle se déroule avec un rythme enjoué et une apparente simplicité. Pourtant c’est une véritable épopée que le spectateur a la sensation d’avoir vécu tant l’oeuvre de Matthew Lopez s’avère bouleversante. The Inheritance oscille avec génie entre chagrins d’amour, impulsions charnelles et quêtes identitaires. C’est une expérience théâtrale inoubliable, vibrante d’humanité et de laquelle on ressort changé.

Kyle Soller (Eric Glass), Vanessa Redgrave (Margaret) et Samuel H. Levine (Adam / Leo) © Marc Brenner

The Inheritance de Matthew Lopez / mise en scène de Stephen Daldry / Avec Kyle Soller, Andrew Burnap, Samuel H. Levine, Paul Hilton, John Benjamin Hickey et Vanessa Redgrave / Du 21 septembre 2018 au 19 janvier 2019 au Noel Coward Theatre / A partir du 17 novembre 2019 au Ethel Barrymore Theatre

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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