Never Rarely Sometimes Always

Au cinéma le 19 août 2020

Sidney Flanigan et Talia Ryder ©2020 Focus Features, LLC. All Rights Reserved

En Pennsylvanie, l’avortement des mineures ne peut pas avoir lieu sans l’aval des parents. Lorsqu’Autumn, 17 ans, découvre qu’elle est enceinte, elle n’a d’autre choix que de quitter sa région natale pour rejoindre New York où l’opération semble moins contraignante.

Après une ouverture en Pennsylvanie, lieu de découverte du personnage principal, de rivalités lycéennes et de quotidien familial morne et atone, le film démarre une seconde fois quand Autumn et sa cousine Skylar, dont la présence rassurante est essentielle, partent à New York sans avoir aucun repère dans la grande ville. La réalisatrice Eliza Hittman a l’intelligence et la délicatesse de ne pas opposer schématiquement les deux états, avec, d’un côté, les conservateurs à l’esprit fermé, et de l’autre les progressistes accueillants. Lorsqu’Autumn se renseigne auprès d’un service de sa ville sur l’avortement, elle est reçue par des femmes apparemment très bienveillantes. Pourtant, elles lui mentent et la découragent (elles sont des pro-life) mais à aucun moment elles ne sont, personnellement, pointées du doigt comme les méchantes de l’histoire.

« Jamais, rarement, parfois, toujours. » Cette phrase qui donne au film son titre annonce la gradation d’une séquence clef, gradation émotionnelle partagée par Autumn et le spectateur. Ce moment, révélateur ascendant de la violence sexuelle vécue par l’adolescente, est pourtant une exception à l’intérieur d’un film qui se dispense souvent des mots, organisé selon une majorité de scènes muettes. L’absence de dialogue surprend et ne fait jamais défaut, au contraire, car elle met en lumière la mise en scène. Mieux, elle est l’origine même d’une mise en scène qui regarde si justement son héroïne, sans apparat ni superflu. La caméra reste rivée sur le visage d’Autumn, incarnée avec un mélange de résignation et de grande vulnérabilité par la découverte Sidney Flanigan. De sa vie, on saura peu de choses, mais cela n’empêche pas de la comprendre entièrement, et ce dès la première scène du film. On ne sait pas qui est le père de l’enfant qu’elle porte, les interprétations sont ouvertes mais peu importe, finalement, car il n’y a pas de recherche de suspense, aucune tension mal placée ou de mystère psychologique.

La bonne idée figurative du film réside dans le rôle accordé aux mains. Celles-ci sont à multiples titres signifiantes quant aux propos du film : l’objectivation du corps féminin, d’abord, et la possibilité d’une confiance ensuite. Il y a les mains d’un homme qui oppresse celles des deux jeunes filles dans le supermarché où elles travaillent, et il y a celles de la complicité, tendues pour attester d’une présence et rassurer : celle du médecin new-yorkais et celle qu’offre Autumn à sa cousine alors qu’elle embrasse un garçon parce qu’elle n’a pas le choix, si ce n’est celui de ne pas pouvoir payer le trajet du retour. Le film se distingue du tout-venant de la production indépendante américaine car il résulte d’un travail de mise en scène implacable. Le destin d’Autumn peut paraître banal, il donne pourtant l’impression d’avoir suivi une trajectoire unique.

Never Rarely Sometimes Always / D’Eliza Hittman / Avec Sidney Flanigan, Talia Ryder, Théodore Pellerin / Etats-Unis – Grande-Bretagne / 1h42 / Sortie le 19 août 2020.

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