La Colline des hommes perdus

Rétrospective Sean Connery

Sean Connery dans La Colline des hommes perdus ©D. R.

Dans les années 1960, Sean Connery n’était pas uniquement James Bond. Entre deux incarnations du célèbre agent secret, il se vit offrir par Alfred Hitchcock le premier rôle de Pas de printemps pour Marnie (1964), et il débuta sa fructueuse alliance avec Sidney Lumet (cinq films en tout). Dans La Colline des hommes perdus, leur première collaboration, il incarne un militaire condamné au terrible quotidien d’un camp de discipline pour soldats, situé dans le désert libyen pendant la Seconde guerre mondiale.

Le premier plan du film, un long mouvement de caméra en arrière dévoilant l’ensemble du camp et l’horizon qui s’étale au-delà, sera bien le seul à proposer un moment de respiration. Et encore : dès la première scène, un homme s’écroule, épuisé. C’est dans cette prison immédiatement hostile que sont transférés cinq hommes, condamnés pour désertion, agression ou faute morale (comprendre « avoir bu de l’alcool »), dans le but de leur faire payer le prix de la désobéissance. Parmi eux se trouve Joe Roberts (Sean Connery), un sergent-major insoumis qui se voit, du fait de son titre et de ses capacités, contraint d’endurer plus d’efforts que les autres.

Nous sommes loin de l’esprit caustique du Stalag 17 de Billy Wilder (1953) : Sidney Lumet entreprend de filmer la dureté des exercices et la douleur mentale infligée aux prisonniers par des gradés capables d’expérimenter très loin la résistance de leurs sujets. Ou plutôt de leurs objets, tant les militaires en charge de redresser le comportement des dissidents semblent s’amuser à tester sadiquement leurs limites. Celles-ci sont aussi bien psychologiques que physiques : renverser les affaires et le lit des prisonniers pour les obliger à les ranger des dizaines de fois dans la journée, les réveiller en pleine nuit pour faire du sport… On pourrait être dans Full Metal Jacket. Mais par-dessus toutes les épreuves, il y a cette colline. « La » colline, une montagne de sable située au milieu de la cour de la prison, « The Hill » dont le titre original rend bien compte de la mythification. Elle est l’entité redoutée, transformant tous ceux qui la gravissent en Sisyphe – un commandant l’appellera même « la morgue » -, et narquoisement exposée au plein soleil. D’ailleurs, la chaleur assommante n’est pas directement visible ; la photographie en noir et blanc nous la laisse seulement suggérer par le corps des acteurs et les yeux de Roberts, visant, désespéré, ses camarades en train de se rafraîchir alors que lui doit continuer, continuer à grimper, à redescendre, et à grimper encore. La mise en scène de Sidney Lumet se fait la traduction vibrante du vacillement. Elle alterne des plans éloignés très secs et d’autres collés aux mouvements, racontant la tension qui existe entre la droiture exigée et l’impuissance du corps à endurer de tels supplices.

Lorsque l’un des soldats meurt, tout bascule. La discipline militaire est allée trop loin, transformant ses sujets en martyrs. La punition était un châtiment. La révolte générale est-elle possible dans un lieu où l’entraide, même chez les compagnons d’une même cellule, a disparu au profit de la survie ? Roberts n’a désormais plus qu’un seul objectif : faire en sorte que Williams, le gardien tyrannique, soit reconnu coupable de meurtre. C’est lui qui a poussé à bout le soldat, bien conscient qu’il allait y laisser les soupirs de ses derniers efforts. Sidney Lumet interroge alors avec pertinence, en ménageant un très grand suspense, la possibilité de renverser le pouvoir par la justice des hommes. Glaçant jusqu’au bout.

La Colline des hommes perdus / De Sidney Lumet / Avec Sean Connery, Harry Andrewq, Ian Bannen / Grande-Bretagne / 2h03 / 1965.

Une réflexion sur « La Colline des hommes perdus »

  1. Film remarquable, qui pour Sean Connery en effet vient rompre l’image de l’espion qui s’aimait. Un film qui se défie de l’autorité militaire, de la rigidité britannique qui ploie sous le joug de la couronne. Il est aussi question de couleur de peau, de souffre douleur. Lumet offrira à son acteur un autre film de rupture après son (avant) dernier James Bond : the Offense, une autre affaire de souffre douleur, ou Connery retrouve d’ailleurs Ian Bannen.

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