J.T. Leroy

Disponible en VOD

Laura Dern et Kristen Stewart dans « J.T. Leroy » – © Black Leather Jacket – 2020

Présenté à Toronto en 2018 puis à Deauville en 2019, J.T. Leroy a fait les frais de la crise sanitaire jusqu’à atterrir en VOD en France, dans l’indifférence la plus totale. Peut-être était-ce aussi pour d’autres raisons.

Dans les années 1990, l’écrivaine Laura Albert (exubérante Laura Dern) connaît un grand succès littéraire avec le best-seller Sarah. Un triomphe à la saveur particulière puisque pour l’écrire, Laura s’est réfugiée derrière un avatar inventé de toutes pièces, craignant trop de ne jamais être prise au sérieux. Ainsi est né J.T. Leroy, un jeune homme mal dans sa peau, traumatisé par une enfance sordide, passé à l’écriture pour oublier la prostitution et la toxicomanie qui furent longtemps son quotidien (et qui partage nombre de traumatismes avec sa génitrice). Mais quand le roman se voit adapté au cinéma, J.T. n’a d’autres choix que d’apparaître enfin en public. Laura choisit sa belle-sœur Savannah (Kristen Stewart, androgyne et timorée) pour l’incarner. Au fil d’une escroquerie longue de plusieurs années, Savannah finira par adopter pleinement cette nouvelle personnalité, source de fascinations diverses, jusqu’à se perdre elle-même…

Dès son ouverture et l’apparition du sempiternel « based on a true story », le nouveau long-métrage de Justin Kelly semble déjà crouler sous le poids d’un paradoxe. Figure résolument punk et transgressive (jusque dans son identité sexuelle insaisissable), J.T. Leroy remet en question, par sa nature chimérique, la frontière entre réalité et fiction, entre vérité et mensonge. Partant de là, quoi de mieux qu’un film (dont la nature même repose sur une illusion, celle de l’image animée) pour raconter pareille histoire ? Las, le cinéaste se contente ici d’une reconstitution factuelle laborieuse (comme d’habitude soumise à caution) et ne fera jamais de sa supercherie une problématique artistique.

Emballé proprement dans un écrin trop lisse pour convaincre, typique d’un certain cinéma US faussement indé, le film se contente d’effleurer la psychologie pourtant tourmentée des personnages et révèle plusieurs pistes qu’il ne suivra jamais pleinement. Toute la dimension marginale de J.T. est largement mise de côté et le film se montre bien souvent timide dans sa représentation des coulisses fiévreuses du show-business où Savannah évolue bien vite. Même une simple scène d’amour lesbien, motif pourtant de plus en plus décomplexé, semble paralyser complètement la mise en scène, interdisant au film la moindre touche d’érotisme. Rien ne fait vrai en somme dans cette histoire oubliable, à défaut d’être foncièrement antipathique. Reste alors le trio principal (il faut rajouter au tandem déjà évoqué une Diane Kruger malheureusement sous-exploitée) pour contenter les aficionados du cinéma Sundance.

J.T. Leroy / De Justin Kelly / Avec Kristen Stewart, Laura Dern, Diane Kruger, Courtney Love / Etats-Unis / 1h48 / Disponible en VOD.

Une réflexion sur « J.T. Leroy »

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