Godless

Disponible sur Netflix

Photo Jeff Daniels
Jeff Daniels. © Ursula Coyote/Netflix

Nouveau-Mexique, 1884. À la suite d’un terrible accident, la petite ville minière de La Belle a perdu la quasi-totalité de sa population masculine. Les femmes maintenant seules doivent apprendre à ne plus compter que sur elles-mêmes, et à dépasser les conflits qui les divisent. Mais l’irruption de Roy Goode, un hors-la-loi cherchant refuge après avoir trahi sa bande, vient faire planer un nouveau danger sur leur communauté.

Parue sur Netflix trois ans avant Le Jeu de la dame, la précédente mini-série de Scott Frank, cette fois dans l’univers du western, vaut également le détour. Et se dévore au moins aussi rapidement : son intrigue construite autour de l’attente d’une confrontation entre la ville et les hors-la-loi (façon Sept mercenaires) incite fortement à enchaîner les épisodes.

Parmi les grandes qualités de Godless, on retiendra deux excellentes surprises au casting : Michelle Dockery, qui troque ici son style Downton Abbey contre une winchester et un accent américain ; et Jeff Daniels, dans un rôle de bad guy cruel et halluciné – la conviction avec laquelle il l’incarne nous fera pardonner le léger manque d’originalité de son personnage.

C’est en grande partie sa galerie de portraits féminins qui fait l’intérêt de Godless : Mary-Agnes (Meritt Wever), figure d’autorité révélée par la catastrophe, pour qui l’émancipation passe par la réappropriation de caractéristiques considérées par ses concitoyens comme masculines ; Callie (Tess Frazer), prostituée devenue maîtresse d’école, malicieuse fusion de deux archétypes westerniens habituellement opposés ; et surtout Alice (Michelle Dockery), mère seule devenue rancher, ostracisée par la communauté.

Pourtant, quelque chose manque à Godless qui, tout en étant tout à fait enthousiasmante, ne tient peut-être pas toutes ses promesses. Sans doute manque-t-elle malgré ses qualités d’une identité et d’un propos plus affirmés. Sa portée féministe par exemple semble inaboutie : Alice n’aurait-elle pas fait un meilleur personnage principal que le hors-la-loi au grand cœur Roy Goode ? Cette figure de fine gâchette assez classique aurait peut-être gagné à rester plus en retrait, au profit de son pendant féminin.

Les hommages au western glissés ici ou là donnent d’autres exemples du même problème. La myopie du shérif rappelle Impitoyable de Clint Eastwood, mais Godless n’est pas un anti-western crépusculaire, bien au contraire. Roy Goode tirant un cercueil derrière son cheval évoque le Django de Sergio Corbucci, et les gros plans lors des duels imitent le style de Leone, mais loin de la révolution du western à l’italienne, la série adopte une esthétique plutôt conventionnelle. Enfin, le personnage du journaliste, spécialiste de la déformation des faits au profit du romanesque, pourrait évoquer celui de L’Homme qui tua Liberty Valance – lequel décidait d’imprimer la légende plutôt que la réalité ; mais il ne s’agit ici que d’un gag, et pas d’une réflexion sur le mythe de l’Ouest comme John Ford en menait une.

Godless n’en reste pas moins un divertissement de grande qualité, qui sait s’emparer des codes de son genre avec énergie tout en les réactualisant. C’est là une recette qu’essaient souvent de suivre les westerns contemporains, de façon plus ou moins heureuse ; et c’est un beau succès que d’y parvenir.

Godless / De Scott Frank / Avec Jack O’Connell, Michelle Dockery, Scoot McNairy, Merritt Wever, Thomas Brodie-Sangster / 7 x 60mn / Etats-Unis / 2017 / Disponible sur Netflix.

Une réflexion sur « Godless »

  1. Une bonne surprise signée du scénariste de « Logan ». Tout n’est pas parfait c’est vrai, mais il faut reconnaître que le style est soigné (un petit goût de Peckinpah en plus des références citées dans l’article), Jeff Daniels effrayant en Pasteur sanguinaire. Une très bonne mini-série.

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